Rappel des épisodes précédents :
les
financements de l’Arbre aux hérons sont tout aussi peu francs du collier
que
les
chiffres des Machines de l’île. Mais ce n’est pas tout. Le dossier publié
par
Presse Océan le 9 décembre évoque aussi l’exploitation future de
l’Arbre aux hérons, et ça n’est pas triste. Il confirme son objectif de
fréquentation : 400.000 visiteurs. Ce qui permet
d’établir le petit tableau ci-dessous :
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Investissement
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Fréquentation annuelle
(2015
pour les Machines existantes)
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Soit montant de
l’investissement nécessaire pour 1 visiteur/an
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Éléphant et Galerie
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5,2 millions
d’euros
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353.000
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14,73
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Carrousel
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10 millions d’euros
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260.000
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38,46
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Arbre aux hérons
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35 millions d’euros
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400.000
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87,50
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Il faut donc investir de plus en plus d’argent pour espérer
faire venir un visiteur ! Le jeu en vaut-il quand même la chandelle ?
« La métropole estime les retombées économiques de l’Arbre aux hérons à
30 millions d’euros et 400.000 visiteurs », assure Presse Océan.
On ne dit pas comment ce score de 400.000 visiteurs est
obtenu. Mais il doit correspondre grosso modo au nombre actuel de
visiteurs des Machines de l’île. Leurs 613.000 « visiteurs »
de 2015 désignent en fait le nombre de billets vendus au total pour les trois
attractions existantes – or certaines personnes en visitent plus d’une.
Visiteurs : on espère des nababs
On ne dit pas non plus comment les retombées sont calculées. Les 30 millions d'euros envisagés impliquent, par exemple, 300 euros de dépenses en moyenne pour une famille de quatre personnes, dont 34 euros pour les billets (au tarif
actuel des Machines de l’île). Est-ce plausible ? Oui, pour une famille
qui, attirée à Nantes par l’Arbre aux hérons, passerait une nuit à l’hôtel et
dînerait au restaurant. Hôteliers et restaurateurs pourraient alors remercier
les contribuables.
Mais ces 300 euros sont une moyenne. Ceux qui ne passeraient pas la nuit à l’hôtel et/ou se nourriraient de sandwichs contribueraient à l'abaisser.
On sait que 42 % des visiteurs des Machines viennent aujourd’hui de
Loire-Atlantique, avec des retombées économiques certainement très faibles. Et
au moins 15 % viennent des départements limitrophes. Si les proportions
étaient identiques pour l’Arbre aux hérons (or pourquoi seraient-elles très
différentes ?) il faudrait que les visiteurs venus de plus loin mènent
grand train pour parvenir à la dépense moyenne espérée !
Et bien entendu, il faudrait aussi que ces 400.000 visiteurs
soient des visiteurs supplémentaires, qui ne seraient pas venus à Nantes, pour voir des amis par exemple, sans l’Arbre aux hérons. Sinon, leurs retombées ne pourraient être imputées que partiellement à celui-ci, voire pas du tout. Ce serait le cas en particulier s'ils visitaient aussi les Machines de l'île. Et si certains visiteurs préféraient aller voir l'Arbre au lieu des Machines ? Ah ! là, ce serait ennuyeux...
Grosses dépenses fixes, recettes incertaines
Tant qu’on y est, il faudrait aussi s’interroger sur
le compte d'exploitation futur de l’Arbre aux hérons. Les Machines ont toujours été incapables
de couvrir leurs frais. Ferait-il mieux ? Il y a intérêt ! Déjà, pour
couvrir les remboursements de l’emprunt prévu par son plan de financement, il
faudrait une marge d’au moins 3 euros par billet vendu – alors que les Machines
perdent jusqu'à présent quelque 2 euros par billet vendu.
Est-ce jouable ? Ce qui est certain aujourd’hui,
c’est que le fonctionnement de l’Arbre aux hérons coûterait très cher. Il lui
faudrait une billetterie propre et de nombreux « médiateurs » et
techniciens pour sécuriser les visites : on n’embarque pas sans précaution
sur les ailes d’un héron mécanique à 40 mètres d’altitude. Enfin, sa visibilité
serait une cause de vulnérabilité : pour parer aux menaces d’attentats, il
faudrait prévoir une petite armée de vigiles. Aux frais de qui ?
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| Il ne fait pas toujours beau au-dessus de Miséry |
Côté recettes, cependant, l’exploitation serait perturbée
par les intempéries. On peut visiter l’Éléphant, la Galerie ou le Carrousel par
temps de pluie ou de grand vent. Mais les rafales ou les averses ne sont pas propices à un voyage à dos de héron. Charges fixes élevées, produits
aléatoires : c’est la recette d’un désastre financier.
Tout ça, allez-vous me dire, ce sont de pures conjectures
de ma part. C’est vrai. Tout autant que les espérances de Nantes Métropole. Mais
moi, je ne propose pas de claquer 35 millions d’euros en croisant les doigts
pour que ça marche.