08 décembre 2011

HAB c…rie

Mais qui donc choisit les noms des structures touristiques nantaises ? Le Voyage à Nantes, on l'a dit, est une appellation qui annonce des déceptions. L’équipe de Jean Blaise vient de faire encore plus fort en rebaptisant « HAB galerie » son espace d’exposition du Hangar à bananes.

HAB est là pour « Hangar à bananes ». Mais ce clin d’œil nanto-nantais échappera au touriste international. Pour ce dernier, ardemment sollicité par Le Voyage à Nantes, HAB galerie rime plutôt avec HAB theory.

Cette théorie avancée par Hugh Auchincloss Brown (HAB) a acquis une grande notoriété dans le monde anglophone avec la publication en 1976 de The HAB Theory, roman-catastrophe du célèbre écrivain américain Allan W. Eckert, disparu voici quelques mois. Selon HAB, l’accumulation des glaces aux pôles déséquilibrerait progressivement la Terre jusqu’à ce qu’elle bascule. Ce cataclysme surviendrait tous les 4.500 à 7.000 ans. Il expliquerait la disparition soudaine des grandes civilisations. Et il y a 7.000 ans qu’il ne s’est pas produit…

C’est gai.

Est-ce pour conjurer le sort que la première exposition organisée à la HAB galerie est intitulée « Le réel est inadmissible, dʼailleurs il nʼexiste pas » ?

05 décembre 2011

Nantes et la Loire (4) : Poule au sec mais poule mouillée quand même

« La mairie de Nantes passe à l’acte » : belle ouverture d’un article de Rémi Certain dans Presse Océan ce matin. S’agissant d’une municipalité élue en mars 1989, il était bien temps en effet ! Foin de mauvais esprit pourtant : l’acte en question, la pose de barrières anti-Loire le long du quai de la Fosse et du quai Ernest-Renaud, a été fulgurant puisqu’il fait suite à des noyades survenues les 3 et 4 décembre. Les 3 et 4 décembre 2010, certes, mais qu’est-ce qu’une année pour une cité qui se passait de cet équipement depuis quelque chose comme quatre mille ans ?

Le passage à l’acte se borne pour l’instant à une décision de principe ; les barrières ne seront là qu’à l’été 2012. Les imprudents sont priés de patienter. Cependant, six mois pour exécuter la décision, cela paraît rapide quand il a fallu un an pour la prendre.

Les barrières feront 1,10 m de haut. Appelons cela une demi-mesure : 1,10 m, c’est trop facile à franchir. Pour éviter tout risque, un mur de 2 m surmonté de barbelés eût été plus efficace. Et plus encore un comblement définitif, parachevant l’œuvre des années 1930.

Bien sûr, les noyades sont des drames, on comprend l’émotion des familles. Mais isoler la ville de son fleuve est une décision aux implications culturelles colossales. Comme on l’a déjà noté ici l’an dernier avec un triptyque ligérien (La crue et la cuite, Les anneaux de la mé-Loire, Le tirailleur sénégalais du pont Anne de Bretagne), la municipalité nantaise avait vis-à-vis de la Loire une attitude de poule qui a trouvé un couteau. Elle a finalement fait son choix : un couteau, c’est dangereux, au placard le couteau !

04 décembre 2011

On n’en peut plus d’attendre Estuaire

« Estuaire ne commencera vraiment qu’en 2011 », disait Jean Blaise dans le numéro 15 de Place publique. Puisque l’année va se terminer, il serait grand temps de commencer. Alors, voici une proposition honnête. M. Blaise, vous vous réjouissiez que 4,4 millions d’euros, sur les 7,3 millions du budget d’Estuaire 2007*, « retournent directement dans l’économie locale ». Vous pouvez faire mieux : confiez moi seulement la moitié de cette somme, et je vous fais un Estuaire 2012 où, en plus, la rémunération de l’artiste – moi-même – restera sur place.

Vous voulez un échantillon des œuvres ? En voici trois – trois seulement, car je n’ai que 5 minutes à leur consacrer, mais vous en trouverez d’autres dans mon post du 5 juin 2009. On notera que ces œuvres estuariennes réjouissent deux sens à la fois : l’œil, mais aussi l’ouïe, le goût ou l’odorat.
  • Cucuniculture : 2.012 petits lapins en chocolat fournis par un grand pâtissier nantais (appel du pied à MM. Gilbert Debotté, Jacques Chauvelon, Vincent Guerlais et confrères) sont alignés en file indienne le long du canal de La Martinière. C’est une œuvre évolutive, avec la participation des visiteurs, en fonction de leur gourmandise. Et une œuvre semi-pérenne : longtemps, on trouvera du chocolat fondu entre les pavés. Si le budget le permet, on pourra porter le nombre de petits lapins à 2.684, soit le numéro du département multiplié par l’âge du capitaine Blaise l’an prochain.
  • Barre-bac : sur le quai du Pellerin, 2,012 tonnes de carcasses d’animaux morts, provenant d’élevages locaux via un équarrisseur local, forment une pyramide qu’on doit contourner pour accéder aux cales. La création n’est pas dans l’installation mais dans sa décomposition progressive, support d’une réflexion sur la condition humaine (« Hélas ! Pauvre Yorick ! »). C’est une aussi une œuvre semi-pérenne : même quand le dernier rat aura rongé les dernières chairs et le dernier chien errant volé le dernier fémur, l’odeur imprégnera longtemps les lieux, pour la plus grande fierté des Pellerinais.
  • Éole & Heol : à Paimbœuf sont installées une éolienne et une série de capteurs solaires, alimentant deux puissants sound systems. Le premier, qui fonctionne jour et nuit en fonction du vent, diffuse en continu l’album Night and Day de Joe Jackson. L’autre, qui fonctionne le jour en fonction du soleil, diffuse en diurne le Dies Irae de Berlioz. Comme les sons portent loin sur l’eau, on entend les haut-parleurs jusqu’à Saint-Nazaire et Nantes, en tendant l’oreille : en voilà bien, de l’Estuaire ! Tout cela réjouit tant les Paimblotins que l’installation est placée sur une barge au milieu de la Loire, plutôt que sur les quais du port, pour éviter leurs débordements d'affection. Cette œuvre est non seulement pérenne mais durable puisqu’elle utilise des énergies renouvelables. Ça compense largement Notre-Dame-des-Landes.
Hélas, M. Blaise, je sais déjà ce que vous allez me répondre : contrairement à la meute de loups ou aux oiseaux musiciens d’Estuaire 2009, ce ne sont pas des œuvres d’art car il leur manque l’intention artistique. Avec l’art, c’est l’intention qui compte. Cette intention-là sait même compter jusqu’à des six et sept chiffres en euros.
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* En réalité 8,8 millions d'euros, a révélé la Chambre régionale des comptes dans un récent rapport.

02 décembre 2011

Du Mémorial au tribunal

D’un côté de la Loire, le palais de justice attend toujours qu’on lui change ses baies vitrées brisées par une main anonyme voici près d’un an.
De l’autre côté de la Loire, les lames de verre inutilisables s’entassent tristement sur le site du Mémorial à l’abolition de l’esclavage.

Qu’attend-on pour boucher les trous de l’un avec les rebuts de l’autre ?

01 décembre 2011

Cycliste à Nantes : (4) la traîtrise du Connétable

Le cours Olivier de Clisson, qui tranche en deux l’île Feydeau, paraît tout simple : les voitures d’un côté, le tramway de l’autre, les piétons de chaque côté. Et les cyclistes ? Quand on aborde le cours par le Nord, c’est clair : une belle piste cyclable à double sens longe les rails du tram. Son entrée, sur le rond-point qui forme l’extrémité nord du cours, est clairement signalée par un panneau et un marquage au sol.

Ensuite, plus rien. Rien ne signale la piste au cycliste qui vient du Sud. Pire, rien ne la signale au piéton innocent, qui voit des cyclistes débouler sur « son » trottoir.

Et pour le cycliste qui vient du Nord, la fin de piste est énigmatique. Elle s’achève sur un feu tricolore*. Où aller ensuite ? Tout droit, dans la continuité du cours, vers le boulevard Jean-Monnet, toujours le long des rails du tram, pourrait-on croire. Erreur ! Un panneau réserve l’endroit aux piétons**.

Le cycliste n’a donc d’autre choix que de tourner à gauche ou à droite sur le boulevard Jean-Philippot. Mais s’il choisit la droite, il doit franchir les rails de tramway qu’il longeait. Or le feu de la piste cyclable passe au vert (à l’orange clignotant, en réalité, vous ne pourrez pas dire qu'on ne vous a pas prévenu) précisément quand le tramway arrive, face à lui, comme ici, ou dans son dos. Tant pis pour l’étourdi.
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 * Muni d’un bouton d’appel sur lequel on lit : « Piétons, appuyez » !
** Rectificatif : comme le fait remarquer Colibri dans un commentaire de ce post, le panneau indique une aire piétonne, or l'article R431-9 du code de la route dispose que "les conducteurs de cycles peuvent circuler sur les aires piétonnes, sauf dispositions différentes prises par l'autorité investie du pouvoir de police, à la condition de conserver l'allure du pas et de ne pas occasionner de gêne aux piétons".

25 novembre 2011

Un tramway nommé farcir

Les bobos ont découvert la gastronomie sur le tard et mettent les bouchées doubles pour rattraper le temps perdu. Après la création d’un service de promotion culinaire au Lieu Unique, Jean-Luc Courcoult veut transformer une rame de tramway en restaurant. Pourquoi un restaurant et pas un bureau de poste, un salon de coiffure, une crémerie ? Royal de Luxe avait été plus audacieux avec Cargo 92 : il avait aménagé une rue entière dans la coque du Melquiadès.

Ce recyclage local d’une idée vieille de près d’un siècle et demi (le premier wagon-restaurant a ouvert en 1868) fait un peu pauvre. S’il veut faire preuve de créativité, Courcoult ferait mieux de transformer un restaurant en tramway.

On se demande aussi quel genre de cuisine on pourrait servir dans un tram. Certes, les bons cuisiniers font des miracles en peu d’espace, mais comme le trajet Beaujoire-François-Mitterrand ne demande pas plus d’une demi-heure, l’établissement serait fatalement dans le registre du fast-food.

C’est encore trop pour les syndicats de la TAN, qui trouvent qu’on manque déjà de rames de tram. Courcoult va devoir servir les plats dans un busway. Si ça ne marche pas, il pourra toujours devenir livreur de pizzas.

24 novembre 2011

Le Carrousel avance, mais la Déferlante est lente

La construction du Carrousel des Mondes marins avance à toute allure, se réjouit unanimement la presse. C’est vrai, DLE est une entreprise sérieuse. MM. et Mmes Christian Chunet, Elton Guembethé, Jean-Pierre Drouaud, Grégory Noël et autres bâtisseurs immortalisés sur les palissades du chantier font du bon travail.

Mais le manège n’est pas tout : où est donc La Déferlante ? Pour l’instant, on n’en voit pas grand chose. Ce bâtiment complémentaire du Carrousel serait-il en retard ? Voilà qui serait fâcheux. Car, Le Voyage à Nantes l’a écrit en toutes lettres dans ses appels d’offres, ces locaux sont « nécessaires à l'exploitation du carrousel ».

Il ne servirait donc à rien d’achever le Carrousel dans les temps si l’indispensable Déferlante n’était pas là pour permettre son exploitation.

23 novembre 2011

Pub Graslin

La municipalité nantaise s’apprête à chasser les automobiles de la place Graslin. Mais elle y introduit la publicité. Sous prétexte de Royal de Luxe, elle accorde le centre de la place à un livre publié par une maison d’édition commerciale. Au tarif des panneaux d’affichage dans l’avant-Noël, l’emplacement peut valoir des milliers d’euros. En cette saison d’impôts locaux, on espère qu’Actes Sud aura versé son écot au budget de la ville de Nantes.

17 novembre 2011

Mémorial au Mémorial

Le Massachusetts Institute of Technology (MIT) est l’une des universités les plus prestigieuses du monde. Krzysztof Wodiczko, concepteur du Mémorial à l’abolition de l’esclavage, y est professeur « émérite » au sein du département d'arts graphiques.

Le trombinoscope de l’université détaille son œuvre, laquelle comprend un « Memorial to the Abolition of Slavery, Nantes France, […] to be opened in 2009 ». Un Mémorial qui ouvrira en 2009… Qui osera leur expliquer la réalité de la situation ?

16 novembre 2011

Cycliste à Nantes : (3) Les aventuriers de l’Arche-sèche, le retour

On a vu hier comment se présente la rue de l’Arche-sèche depuis la place du Cirque. Qu’en est-il dans l’autre sens, depuis la place Royale ? La signalisation est claire : elle est interdite à tout véhicule sans exception. Vous pensiez que la circulation des cyclistes à contresens était autorisée, comme indiqué à l’entrée de la rue place du Cirque ? Vous aviez tort.

Du moins, vous aviez tort pendant cinquante mètres. Avant de passer sous la rue de Feltre, la rue de l’Arche-sèche devient tout à coup autorisée aux cyclistes, comme on le voit ci-dessous sous le panneau de sens interdit. On ne sait d’où viennent lesdits cyclistes, puisqu’aucune voie de circulation ne leur permet d'arriver là. Ce sont sans doute des piétons qui tenaient leur vélo à la main. On peut toujours rêver.

Au sol, un unique marquage paraît mis là pour amorcer le mouvement. Quelques mètres plus loin, sous le pont, la voie se resserre. Croiser une automobile devient risqué. Mais pas de piste cyclable, plus rien qui protège l’audacieux. Il lui faut vivre dangereusement pendant vingt mètres. S’il parvient au pied du marché de Feltre, il est sauvé : la rue s’élargit, et maintenant qu’elle est moins indispensable, une piste cyclable apparaît. Du moins jusqu’au prochain rétrécissement, sous la rue des Deux-ponts.