19 mai 2012

Crêpetomanie

Une maxi-crêperie dans la halle Alstom et un bar en haut de la tour Bretagne se chargeront de repaître et désaltérer les touristes attirés par Le Voyage à Nantes. En principe destiné à faire tourner le commerce local, celui-ci va donc reprendre d’une main ce qu’il distribue de l’autre. Les restaurateurs nantais ont exprimé leur mécontentement par la voix d’un de leurs représentants, Philippe Quintana.

On ne pourra pourtant pas reprocher à Crêpetown de fonctionner dans l’opacité, contrairement aux kebabs fermés ces derniers mois pour blanchiment d’argent sale. Ici, on sait d’où vient l’argent : sur proposition de Jean-Louis Jossic, la ville de Nantes a voté à Crêpetown 300.000 euros de subvention. Le blanchiment d’argent public est très tendance à Nantes !

Crêpetown explique ainsi  les raisons fondamentales qui lui ont valu les faveurs du Voyage à Nantes : « L’idée séduit Jean Blaise, sans doute parce qu’elle le fait rire et surtout parce qu’il n’est pas dupe sur la manière dont le concept peut être détourné ». Heureusement que seul le concept est détourné.

M. Quintana et ses collègues restaurateurs nantais ne sont pas forcément enchantés de savoir que leurs impôts locaux servent à financer la concurrence et à divertir Jean Blaise… C’est leur faute aussi : si au lieu de servir de la soupe ils servaient de la culture, le problème ne se poserait pas. Un tableau ou une « installation » en vitrine et hop ! le bouchon devient galerie d’art, doublée d’un espace restauration : quoi de plus VANesque ? Car la crêpe n’est qu’un cache-sexe pour Crêpetown, qui compte aussi montrer des spectacles et diffuser des œuvres sérigraphiées. Dont celles de Tangui Jossic. La crêperie est grande, le monde est petit.

18 mai 2012

Une culture complète : jambon-œuf-fromage

« Le Voyage sort sa batterie de cuisine », titre ce matin Presse Océan à propos de l’un des plus beaux ornements du Voyage à Nantes, Crêpetown. C’est dire si l’on se situe dans les hautes sphères de la culture !

Le quotidien nantais signale qu’il existe déjà un Crêpetown à Chicago. Et ce n’est pas tout ! Il y en a un aussi à Cameron Park, en Californie. Et un troisième à Bellevue – mais ce Bellevue-là est un immeuble commercial du centre de Philadelphie. Le patron de la maison se vante d’avoir développé son concept à Paris, où l’on trouve des crêperies à tous les coins de rue, dit-il. Il s’apprête à ouvrir un second établissement.

Il y a encore un Crêpetown à Bangkok, et puis une petite chaîne de Crêpeville en Californie et quelques Crêpe-City de-ci, de-là, en Floride, en Californie ...et même un à Paris, stratégiquement situé entre un kebab et un japonais, pas loin des Galeries Lafayette.

Mais notre Crêpetown à nous sera le plus grand du monde ! Quelque chose comme un croisement entre la crêperie tradi et la Taverne bavaroise ! On va pouvoir choquer les bolées sur les tables en beuglant « Ein Yec’hed Mat ! Ein Yec’hed Mat ! » La culture comme ça, on aime bien.

15 mai 2012

La région veut sauver la Terre

« L’action se passe dans les Pays de la Loire, c’est-à-dire nulle part »
Sven Jelure, d’après Alfred Jarry, Ubu roi

Le Comité 21 œuvre pour le développement durable. Interrogé par Rémi Certain, son directeur régional annonce ce matin dans Presse Océan que la région des Pays de la Loire participera au prochain Sommet de la Terre, qui aura lieu du 20 au 22 juin à Rio de Janeiro.

Elle y enverra une délégation de… dix-huit personnes, dont Jacques Auxiette soi-même. On a du mal à y croire. Ce qui fera bouger le développement durable, dit lui-même le responsable du Comité 21, « c’est la protection de la rivière de son village ou le maintien du commerce de proximité ». Faut-il vraiment aller se promener de l’autre côté de l’Atlantique pour maintenir l'épicerie du coin ? Est-ce le rôle de la région ? Les représentants régionaux ont-ils l’esprit si peu délié qu’il leur faille se mettre à dix-huit pour comprendre les enseignements du Sommet ?

D’après le calculateur Climat Mundi, un vol Nantes-Rio de Janeiro aller-retour, en ligne directe et en classe économique, représente 3,74 tonnes d’émissions de carbone par passager. Plus de 67 tonnes pour nos dix-huit représentants – à supposer que leur vol soit direct et qu’ils se contentent tous de la classe éco.

On espère que le reste du monde est aussi soucieux d’environnement que la région des Pays de la Loire. Toutes les collectivités auront sûrement à cœur d’être présente au Sommet de Rio. Si une région de 3,5 millions d’habitants y envoie dix-huit représentants, 7 milliards d’humains devraient y avoir 36.000 représentants. De quoi sauver la Terre à coup sûr.

14 mai 2012

L’endroit le plus fliqué de Nantes : (2) pas mal friqué aussi ?


On chercherait en vain mention du système de vidéoprotection dans les avis de marché publiés par Nantes Métropole pour la construction du Mémorial de l’abolition de l’esclavage. Avait-on initialement prévu de laisser un tel monument sous la seule sauvegarde du public ?

Probablement pas. Mais en en refilant le bébé à l’exploitant, c’est-à-dire la SPL Le Voyage à Nantes, Nantes Métropole s'est évité d’avoir à crier sur les toit les coûts du dispositif. C’est l’un des avantages d'une SPL : elle échappe aux obligations du code des marchés publics.

Combien coûte une installation de vidéoprotection ? La Cour des comptes en a fourni une estimation, pour les caméras installées sur la voie publique, dans un rapport publié l’été dernier. Sur un échantillon de seize communes ou intercommunalités, soit un total de 1.314 caméras, « le coût moyen pondéré est estimé à 36 600 € TTC par caméra » !

Voilà de quoi alourdir encore le coût affiché du Mémorial, qui compte une douzaine de caméras de surveillance, car il est probable que cet investissement n'est pas comptabilisé dans les 7,9 millions d’euros annoncés. Et il faut y ajouter les coûts d’exploitation, à la charge des contribuables nantais puisque le Mémorial ne rapporte rien. La Cour des comptes les a évalués, en moyenne pondérée, à 7 400 € par caméra et par an.

13 mai 2012

Routine éléphantine

Les années passées, au printemps, l’Éléphant de l’île de Nantes avait dû être arrêté pour travaux de manière plus ou moins précipitée. On s’en était moqué ici en 2009, en 2010 et en 2011. En 2012, en principe, plus de ricanement possible : les Machines ont pris soin d’annoncer longtemps à l’avance que « du 5 au 10 juin, le Grand Éléphant sera en révision générale, il n’y aura pas de voyages en Éléphant ».

Hélas, la machine est moins fiable que le calendrier. Depuis plusieurs jours, les incidents se multipliaient. Certains trajets subissaient des arrêts intempestifs, d’autres devaient être accomplis pattes à l’arrêt. Et ce samedi, il a fallu carrément renoncer aux sorties.

11 mai 2012

L’endroit le plus fliqué de Nantes : (1) trop discrètes caméras ?


En envisageant hier que les caméras du Mémorial de l’abolition de l’esclavage ne soient qu’un décor, on faisait l’âne pour avoir du son. Ou plutôt de l’image : le Mémorial est bien doté d’un système de vidéoprotection (terme politiquement correct qui a remplacé "vidéosurveillance"*) surdimensionné. Avec sa douzaine de caméras, dont dix dans la galerie, c’est l’endroit le mieux surveillé de Nantes. Ou le plus fliqué, si l’on veut…

L’autorisation d’installer ce système a été délivrée à Jean Blaise, en tant que directeur général de la SPL Le Voyage à Nantes, par arrêté préfectoral du 12 décembre dernier. Cette date dénote d'ailleurs quelque cafouillage. On se souvient que, de la mi-mai à la mi-novembre 2011, l’inauguration du Mémorial a été fixée officiellement au 1er décembre 2011. Le dernier retard de la construction a été une bonne chose, finalement. Si la date initiale avait été respectée, de deux choses l’une : soit le Mémorial aurait ouvert sans son système de vidéoprotection, soit il aurait été en infraction.

Et aujourd’hui, soit le système reste inutilisé... soit Jean Blaise est en infraction ! En effet, voici ce que prévoit l’article 2 de l’arrêté préfectoral susvisé :

 Article 2 – Le public devra être informé dans l’établissement cité à l’article 1er par une signalétique appropriée : 
- de manière claire, permanente et significative, à chaque point d’accès du public, de l’existence du système de vidéoprotection et de l’autorité ou de la personne responsable, notamment pour le droit d’accès aux images, des conditions dans lesquelles il peut exercer son droit d’accès aux enregistrements. 
- l’affichette mentionnera les références de la loi et du décret susvisés et les références du service et de la fonction du titulaire du droit d’accès ainsi que le numéro de téléphone auquel celui-ci sera joignable.
Le droit d’accès aux images pourra s’exercer auprès du Directeur Général de la SPL « Le Voyage à Nantes » sise 1-3 rue Crucy – BP 92211 – 44023 NANTES Cedex 1.

Or, de signalétique et d’affichette, point. Ainsi que l’arrêté le rappelle, il incombe au maire de la commune de faire respecter ces conditions. Mais Jean-Marc Ayrault a peut-être d’autres priorités en tête ?
________
* Le régime juridique actuel de la vidéoprotection a été fixé par la loi LOPPSI 2, promulguée en mars 2011. Celle-ci prévoit un contrôle des systèmes de vidéoprotection par la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL).

10 mai 2012

Visite au Mémorial de l’abolition de l’esclavage (8) : vandales bienvenus ?


Ouvert à tous les vents et à tous les malfaisants, le Mémorial semble presque inviter au vandalisme. On dirait que ses surfaces de béton et de verre dépouillées appellent le graffiti ou l’affichage sauvage. Quasi symboliques, les clôtures de son grand escalier sont faciles à enjamber pour qui voudrait commettre un mauvais coup. Est-ce volontaire ? Vu le sort enviable réservé naguère à la statue de Liza Marcault-Derouard (on y reviendra), une profanation ne serait pas forcément une mauvaise affaire, médiatiquement parlant.

Mais n’allez pas croire ! Aux heures de fermeture, le passage souterrain est clos par de fortes grilles. Cet escalier tentateur pourrait bien être un piège pour le grapheur naïf : la maréchaussée l’y cueillerait aisément.

Et le passage souterrain du Mémorial semble être l’endroit le mieux vidéoprotégé de tout Nantes. On y dénombre dix caméras de surveillance en 90 mètres !

Rien ne dit cependant qu’elles soient actives. En effet, leur présence n'est pas signalée par les avertissements réglementaires*. Comme on ne peut imaginer qu'un lieu si attaché aux droits de l'homme porterait la moindre atteinte aux libertés publiques, il faut bien se demander si cet attirail à la Big Brother ne serait pas en toc et installé là pour mieux inspirer un sentiment carcéral.
___________________
* Décret n° 2012-112 du 27 janvier 2012 : « L'information sur l'existence d'un système de vidéoprotection filmant la voie publique, un lieu ou un établissement ouvert au public est apportée au moyen d'affiches ou de panonceaux comportant un pictogramme représentant une caméra. »

°°°
La visite au Mémorial de l’abolition de l’esclavage

08 mai 2012

Visite au Mémorial de l’abolition de l’esclavage (7) : pipi, m’sieur !

Le Mémorial comporte quelques erreurs de conception. Par exemple, ses plaques de verre inclinées sont salissantes et les feuilles détachées des arbres voisins ont tendance à s’y coller. On verra à l’automne. Mais surtout, alors qu’il est censé servir à l’éducation anti-esclavagiste des masses, il est mal adapté à l’accueil des groupes.

Dépourvu d’emplacement pour autocar, il impose une marche depuis l’île de Nantes ou le parking de l’île Gloriette. Dans le premier cas, il faut compter 500 mètres de parcours via la passerelle Schoelcher, dans le second, il faut franchir une voie à circulation intense, le boulevard André-Morice. Si l’on préfère le tramway, le trajet depuis la station la plus proche, Chantiers navals, oblige à traverser le pont Anne de Bretagne au droit du quai de la Fosse. Ce n’est pas sans risque.

Le Mémorial se décarcasse néanmoins pour attirer les publics scolaires. Son site propose même un guide à télécharger pour les enseignants. La visite standard préconisée pour les élèves du secondaire enchaîne le « parcours entre le Château des ducs de Bretagne et le Mémorial (1h45) » et la « visite du Mémorial de l’abolition de l’esclavage (45 mn) ». Soit deux heures et demie au total. Question perfide : sur une classe de trente élèves de sixième, combien auront besoin de soulager leur vessie pendant ce laps de temps ? Il faut aller jusqu’à la page 18 du guide, qui en compte vingt, pour découvrir cette précision qui tue : « le site ne possède ni toilettes, ni vestiaire, ni espace de pique-nique abrité ».


Les garçons pourront toujours arroser la Loire, alignés en rang d’oignon le long des rambardes du Mémorial. Pour les filles, il ne restera qu’à se précipiter vers les bars du quai de la Fosse.

07 mai 2012

Open taratata

L’appel à projets « Rendez-moi la ville + facile », on l’a dit, va manquer le rendez-vous de la Semaine européenne de l’Open Data organisée à Nantes du 21 au 25 mai. On peut espérer que la ville aura quand même quelque chose de neuf à annoncer.

L’open data à la nantaise devait inaugurer un changement d’ère pour Nantes puisque Jean-Marc Ayrault y voyait « un événement d’une ampleur comparable à l’apparition de l’alphabet ». Depuis qu’on en parlé ici , le 4 mars dernier, l’entrouverture des données a-t-elle progressé ?

Pas beaucoup. À l’époque, le catalogue des données ouvertes contenait 45 fichiers. Il en compte 51 à présent, dont zéro fichier budgétaire. Le forum ad hoc ouvert par Nantes Métropole le 24 novembre a passé le cap des 300 interventions, soit environ deux par jour en moyenne. On a inventé l’alphabet, mais les conversations restent balbutiantes.

Depuis le 4 mars, Rennes a encore accru son avance sur Nantes avec plus de 130 jeux de données disponibles, sans même multiplier les fichiers des prénoms donnés aux nouveaux-nés (Nantes en compte une dizaine, année par année : de quoi faire du chiffre sans peine). Rennes a aussi mis en ligne plusieurs budgets et propose des formats de fichier plus variés. Montpellier en est à 71 fichiers et la Communauté urbaine de Bordeaux, encore en phase d’expérimentation, à 74.

04 mai 2012

Rendez-moi la ville + fichée

La Semaine européenne de l’Open Data aura lieu à Nantes du 21 au 25 mai (une semaine de cinq jours, soit la même durée que… La Folle journée !).

Ça tombe bien : la municipalité nantaise a lancé l’an dernier une initiative locale d’Open Data, Nantes ouverture des données (NOD). Corrélativement, elle a lancé l'appel à projets « Rendez-moi la ville + facile », qui vise à utiliser les données nouvellement ouvertes. Mais, fidèle à sa tradition de décalage chronologique avec l’événement, elle a une fois de plus loupé le coche : les résultats de ce concours ne pourront être proclamés au cours de la Semaine européenne.

En effet, l’appel à projets s’étend jusqu’au 18 mai et le règlement du concours prévoit que le public pourra voter sur les projets pendant deux semaines. La remise des huit prix prévus n’aura lieu qu’en juin. Caramba, encore raté !