14 avril 2016

Une grille de plus pour le palais de justice

Palais de justice rime avec...
Le palais de justice de Nantes est une erreur urbanistique : il dresse un obstacle massif entre le centre historique et le nouveau quartier de la création. C’est un désastre immobilier : la multiplication des dysfonctionnements et des malfaçons a imposé d’énormes travaux de réfection. Est-ce au moins une réussite architecturale ? Certains le disent (mais ils sont souvent payés pour cela). Tel que je le vois, deux caractères surtout distinguent son architecture de celle d’un hypermarché : la couleur noire et l’immense parvis incliné.

...Galerie Atlantis !
 Le noir ne lui va pas si bien : il vieillit mal. Le palais de justice, aujourd’hui, arbore un gris pisseux. Reste le parvis. L’hypermarché cherche à donner au chaland le sentiment qu’il est bienvenu : les parkings viennent battre ses flancs et l’on y accède de plain-pied. Le palais de justice cherche à donner au justiciable le sentiment de son insignifiance : le parvis doit être gravi tel un Golgotha.

Derrière le grillage, on pose une grille
Ce n’était pas encore suffisant pour dissuader le public. Le ministère de la justice est en train de dénaturer le parvis en le fermant par une grille. Hors des heures ouvrables, c’est-à-dire les trois quarts du temps, celle-ci restera close. Le visiteur qui a vu le palais de Jean Nouvel vanté dans les guides touristiques ne risquera plus de perdre son temps à venir le regarder de plus près. 

Il est vrai que le palais de justice a toujours vécu
sous le signe de la grille et du grillage...

13 avril 2016

Ça vous fonctionnouille ou ça vous investouille ?

J’ose à peine évoquer encore les poteaux indicateurs pour piétons qui parsèment le centre de Nantes. Ma dernière note sur le sujet constatait une rectification effectuée par les services municipaux sur un panneau du cours Saint-Pierre. Plutôt sympa, non ? Elle m’avait quand même valu des reproches. J’ai donc longtemps hésité avant de récidiver.

Je m’étais étonné, il y a près de deux ans de cela, de voir les distances indiquées pour les piétons en temps de parcours et non en mètres, comme si tout le monde marchait du même pas. Bizarrement, il n’existait qu’une exception, un panneau situé place des Petits-murs, en marge du cours des 50-Otages. Il indiquait que les toilettes les plus proches (d’ailleurs parfaitement visibles) se trouvaient à 25 mètres de là. Ça, c’était du panneau utile. Hélas, l’an dernier, il avait disparu, victime sans doute de quelque vandale.

Or voici qu’il est revenu, pareil à lui-même, il y a quelques semaines de cela. Pourquoi donc a-t-il fallu attendre si longtemps ? À propos du panneau du cours Saint-Pierre, un aimable correspondant municipal nous avait écrit que les huit mois nécessaires pour lui faire effectuer une rotation d’un quart de tour s’expliquaient par une pénurie de crédits de fonctionnement, réduits au profit des investissements. Mais alors, pourquoi un an s’est-il écoulé pour un remplacement de panneau qu’on présume imputé au budget des investissements ? La comptabilité municipale a de ces mystères…

Le lecteur attentif aura remarqué que le poteau, sur la photo ci-contre, penche fortement. Ce n’est pas par esprit d’imitation de son proche voisin, l’hôtel La Pérouse. Simplement, il est comme ça depuis qu’il a été vandalisé. Pourquoi ne pas l’avoir redressé en même temps qu’on remplaçait le panneau ? La réponse est évidente : parce que ça, c’est du fonctionnement, et les crédits de fonctionnement, etc. La suite en 2017, probablement.

01 avril 2016

Lèse-Blaise : (6) aveu tardif

Quand j’ai écrit, début 2014, que « la carrière de Jean Blaise repose tout entière sur son engagement politique », certains me l’ont reproché. Allons, un personnage si remarquable devait forcément son ascension à la culture et non à la politique !

Une oeuvre du Voyage à Nantes 2012,
métaphore de prétentions englouties
Or que lit-on ce matin dans les « petits potins » de Presse Océan ? À propos de sa collaboration avec Jean-Marc Ayrault, le grand homme se lâche : « Nous étions très politiques. Notre génération avait des discours sur tout, très idéologiques. » Admettra-t-on davantage ce constat quand c’est lui qui le dresse ?

Jean Blaise parle au passé. La politisation aurait-elle disparu ? Peut-être. Mais ce n’est pas au profit de la culture, c’est au profit de l’argent. Aujourd’hui, dit-il à propos du ministère de la Culture, « la seule question que l’on entend c’est : comment faire en sorte qu’il ait suffisamment de fric pour continuer à financer le même réseau ? »

Une certaine cour a toujours frétillé autour de Jean-Marc Ayrault en vantant la magnificence de ses nouveaux habits culturels. À force de répétition du message et de paresse intellectuelle, d'aucuns ont fini par y croire. Mais si l’on jette un regard en arrière sur le dernier quart de siècle, bien peu surnage. Le roi était plus qu’à moitié nu et ça commence à se voir.

Retrouvez la série « Lèse-Blaise » :

31 mars 2016

V'là l'printemps !

Merci aux lecteurs attentifs de ce blog qui se sont aperçus de mon absence pendant près d'un mois. Trop de travail professionnel pour m'adonner à la satire locale...

Et puis, il me semble qu'il y a moins à dire ces temps-ci. J'ai l'impression que les abonnés aux déclarations intempestives se tiennent désormais à carreau. Oh ! je ne prétends pas que ce blog y soit pour quelque chose. Je pense plutôt que Johanna Rolland a plus d'esprit que Jean-Marc Ayrault et tient ses troupes d'une main plus ferme. Mais il suffit d'un peu de patience : chassez le naturel, il revient au galop.

En attendant, une petite image sympathique pour fêter l'arrivée du printemps : les premiers canetons de l'année au Pont-Morand, en train de chercher leur pitance dans les immondices amassés au pied du monument aux 50 otages.

01 mars 2016

Bolopoly (32) : la tombola de Bolo, dernière chance pour la SoNantes ?

À partir d’aujourd’hui, tout particulier titulaire d’un compte en SoNantes peut participer au concours organisé en faveur de la monnaie complémentaire nantaise. Un concours prestigieux doté d’un prix mirifique : deux places de cinéma. On se frotte les yeux, mais oui, c’est bien ce qu’indique le site web de la SoNao : « Ce jeu gratuit déterminera un gagnant unique par tirage au sort sur la période du 1er mars 2016 et prend fin le 31 mars 2016 (…) Le prix à gagner est deux places offerte au cinéma le Concorde à Nantes envoyé par voie postale à l’adresse indiquée lors de l’inscription particulière à SoNantes ».

La citation ci-dessus respecte scrupuleusement la syntaxe du texte. Une syntaxe si hasardeuse qu’elle inspire un doute : le concours n’aurait-il pas été lancé avec un mois d’avance ? Car enfin, on dirait quand même un poisson d’avril.

SoNantes ? Une vaste ambition, trois millions d’euros de dépenses, cinq personnes embauchées, les conseils d’un professeur d’université italien, des années d’efforts conjoints du premier adjoint au maire de Nantes et du directeur général du Crédit municipal de Nantes, le soutien d’un programme européen, des rencontres et voyages d’étude à l’étranger, des campagnes d’affichage sur les panneaux de Nantes Métropole, un site web, des vidéos, etc. Tout ça pour aboutir, dix mois après le lancement de la monnaie, à une tombola dont une amicale bouliste de quartier rougirait…

18 février 2016

Lobbying pour NDDL (23) : les partisans du projet se tirent une Dreal dans le pied

Non, non, non, le document sur l’aéroport de Nantes Atlantique publié hier par Le Canard enchaîné n’était pas un « rapport confidentiel » mais un « document qui n’avait pas vocation à être rendu public » : confidentiel, quoi ! La réaction précipitée de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) sent un peu la panique.

Et franchement, on peut s’étonner que Xavier Boussion, dans Presse Océan*, reproduise purement et simplement les dires de la Dreal, en titrant même : « Le scoop du Canard prend l’eau ». Car ce service de l’État ne dément pas l’existence du document : il tente seulement de le décrédibiliser. C’est-à-dire de dévaloriser son propre travail, puisqu'il avait lui-même rédigé cette note. Et à la demande du préfet de région, encore : les fonctionnaires fourniraient donc des études bâclées à leur propre patron ?

Selon ce document l’aéroport de Nantes Atlantique pourrait être agrandi sans dommage pour la réserve naturelle du lac de Grand-Lieu… alors que l’urbanisation de ses terrains serait au contraire néfaste. Ce constat fragilise le dossier du nouvel aéroport en balayant deux de ses principaux arguments (protection du lac et libération de terrains à bâtir). Pire encore : il met en doute la loyauté même du débat.

Il donne à penser que, pour les services de l’État, il y a des choses qui se disent en public et des choses qui se disent en confidence, et que ce ne sont pas les mêmes. Ce qu’on a dit au préfet contredit ce qu’on a dit au public : qui a-t-on voulu tromper, le préfet ou les citoyens ? Tout le discours officiel autour du projet de Notre-Dame-des-Landes se trouve ainsi affecté d’une suspicion légitime. Avant qu’un référendum local puisse avoir lieu sereinement, il faudra remettre à plat tous les arguments. Même confidentiels.
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* Le site web de Presse Océan évoquait hier "un rapport embarrassant", mais sa version papier, après quelques heures de réflexion, a opté pour une présentation beaucoup plus édulcorée. On notera que Presse Océan n'autorise pas les POnautes à s''exprimer sur ce sujet, décidément voué à la plus grande confidentialité. Une journée après la mise en ligne, la discussion est fermée et seules deux contributions sont signalées... mais pas affichées. Ouest France, pour sa part, titre sur "un rapport gênant". Le rapport de la Dreal a été mis en ligne sur le site Reporterre.

16 février 2016

Bientôt une plateforme pour les lanceurs d’alerte nantais

On a déjà signalé ici le projet de deux Nantais, l’un journaliste et l’autre hacktiviste : créer une plateforme en ligne anonyme et sécurisée où des citoyens détenant des informations sensibles pourraient les communiquer à des journalistes sans mettre en danger leur vie privée ou professionnelle.

Mais comment financer ce projet ? Les deux créateurs de GoLeaks ne pouvaient évidemment pas solliciter les pouvoirs publics, qui ont toutes les raisons de voir ce projet d’un mauvais œil : si l’on ne peut plus gouverner entre soi…

Romain et Datapulte ont donc opté pour un financement participatif sur Kickstater (d'où provient l'extrait d'écran ci-contre). Et depuis ce matin, c’est chose faite : le financement a abouti, 133 contributeurs lui ont apporté 6.445 euros en soixante jours. Pas le Pérou, bien sûr, mais suffisant car les deux porteurs du projet sont bénévoles. 

12 février 2016

Lobbying pour NDDL (22) : vers un Syndicat mixte référendaire du Grand Ouest

Un référendum à propos de Notre-Dame-des-Landes ? On n’a pas fini de rire ! La presse s’interroge gravement sur le périmètre de la consultation. Commune de Notre-Dame-des-Landes ? Département de Loire-Atlantique ? Région des Pays de la Loire ? Et aussi la région Bretagne ? Ou l’ensemble du Grand Ouest ?

Le Syndicat mixte aéroportuaire du Grand Ouest comprend vingt-deux collectivités locales impliquées à un degré ou à un autre dans le projet de nouvel aéroport, dont deux régions, cinq départements, cinq agglomérations et dix communautés de communes. Chacune d’elles pourrait organiser son propre référendum sur tel ou tel aspect du projet, car la Constitution permet à toute collectivité locale d’organiser un référendum auprès de ses électeurs sur les sujets de sa compétence. Bonjour le bordel.

Un unique référendum régional, alors ? On imagine le dialogue :
‑ M. le président de la région, voudriez-vous bien organiser un référendum pour savoir si vos électeurs veulent ou non d’un nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes ? 
‑ M. le président de la République, vous pouvez aller vous faire f… !
Quant à la question posée aux électeurs, elle devrait soulever d’interminables débats. Inutiles, d’ailleurs, puisque les chances d’amener la moitié des électeurs aux urnes paraissent à peu près égales à zéro. Or un référendum local n’est valable que si 50 % des électeurs inscrits y participent.

« Nous savons que les travaux doivent commencer au mois d’octobre », a benoîtement noté François Hollande. « Eh ! bien, d’ici le mois d’octobre, je demande au gouvernement, avec les élus locaux, qui partagent cette vision-là, d’organiser un référendum local pour qu’on sache exactement ce que veut la population. » On se doute que la véritable échéance n’est pas le mois d’octobre mais l’élection présidentielle de mai 2017. Et que les chances d’obtenir d'ici là une réponse populaire valable sont pratiquement nulles. En refilant le mistigri à Bruno Retailleau, François Hollande fait un grand pas vers la récupération du vote écolo !

11 février 2016

Zadar succède à Bordeaux, Nantes dans les choux

Et voilà le travail ! Le communiqué vient de tomber, dans la foulée de celui du remaniement ministériel. Comme prévu ici-même, Zadar, en Croatie, est élue European Best Destination 2016 devant Athènes et Plovdiv. Nantes ne monte même pas sur le podium.

Comme on l’a dit, si le titre de European Best Destinations (qui n’a rien d’officiel : il est décerné par un organisme privé) peut avoir une petite utilité pour la ville gagnante, il n’en a aucune pour les autres. À quoi ont servi les efforts déployés par le CCO, Audencia, le Marathon de Nantes, les Machines de l’île et pas mal d’autres ? À diriger du trafic vers le site www.europeanbestdestinations.com, un point c’est tout.

Mais le pire n’est pas ce gaspillage de temps et de bonne volonté. Le pire, c’est que Nantes sera une fois de plus comparée à Bordeaux. Bordeaux avait remporté le titre l’an dernier, devant Lisbonne et Athènes. En acceptant d’aligner Nantes au concours cette année, Le Voyage à Nantes courait le risque d’un ridicule public en cas d’échec. Voilà, c’est fait. Encore heureux que les Canaris aient battu les Girondins de Bordeaux…

European Best Destinations : et le vainqueur est…

Les jeux sont fait, le concours European Best Destinations est clos depuis hier, plus moyen de voter en faveur de Nantes. Laquelle des vingt villes pressenties aura-t-elle été désignée par les internautes (on exclut bien sûr l’hypothèse du pipotage) ?

Mon pronostic personnel : Zadar. Non, non, je ne plaisante pas, Zadar, une ville croate presque dix fois plus petite que l’agglomération nantaise.

En fait, parmi les vingt villes que European Best Destinations a convaincues de s'aligner à son concours, trois seulement semblent avoir pris l’affaire vraiment au sérieux : Athènes, Nantes et Zadar. Londres, Madrid ou Rome n’avaient sans doute pas besoin de ce modeste coup de pouce promotionnel. Prague, Vienne ou Plovdiv avaient peut-être mieux à faire que de rameuter leurs internautes.

Selon Alexa, 15,1 % des visiteurs du site www.europeanbestdestinations.com se trouvent en Croatie. À tous les coups, ils auront voté pour Zadar. Ils sont deux fois plus nombreux que les visiteurs français (7,7 %). Même si tous ces derniers avaient voté pour Nantes, nous serions encore loin derrière la ville dalmate. Or tous n’ont sûrement pas voté pour Nantes puisque la France comptait une autre ville « nominée » : Paris, excusez du peu.

La Grèce, elle, occupe une position intermédiaire avec 12,9 % des visiteurs de European Best Destinations. Le sort d’Athènes pourrait donc n'être pas scellé. Mais les chances de Nantes paraissent des plus minimes.