Rue de la Chute est un cadeau des contribuables aux spectateurs, on l’a vu hier. Cela ne signifie pas que le spectacle ne coûte rien aux à ces derniers. L’accès de la « salle » étant réservé aux 1.300 premiers arrivants, de longues files d’attente se forment autour du château longtemps avant l’ouverture des portes.
Selon un comptage rapide, 1.800 candidats battaient hier la semelle rue des États une heure avant le spectacle. Entre ceux qui étaient là depuis longtemps, ceux qui avaient déjà renoncé, ceux qui n’étaient pas encore arrivés, on supposera que 2.500 personnes au total ont fait la queue pendant en moyenne une heure et demie. Et qu’il en aura été grosso modo de même pour les quatorze représentations. Bilan humain : 2.500 x 1,5 x 14 = 52.500 heures perdues à faire la queue !
Soit, à raison de 35 heures par semaine et de 47 semaines par an, presque trente-deux années d’un honnête labeur. Ça n’a l’air de rien, mais au tarif du Smic 2012 (9,22 euros brut de l’heure), ces 52.500 heures représentent 484.050 euros. Sans compter le pretium doloris de tous ceux qui auront fait la queue sans pouvoir accéder à la cour du château.
Nantes et déconnantes : Comment la capitale historique de la Bretagne est en train de gâcher ses meilleurs atouts. Un regard non conformiste - voire franchement satirique - sur Nantes au 21ème siècle. Reproduction autorisée sous réserve de citation de la source, avec lien actif vers l'URL, pour chaque article cité.
26 juin 2012
Rue de la Chute : (4) qui a trouvé la mine d’or ?
Le nouveau spectacle de Royal de Luxe se déroule dans une ville de l’Ouest où de hardis prospecteurs découvrent une mine d’or.
L’histoire est hautement allégorique. Chaque année, Nantes verse 300.000 euros à la troupe juste pour avoir le privilège de la présenter comme « nantaise ». Et elle crache à nouveau au bassinet pour la réalisation des spectacles. Pour Rue de la Chute, la ville de Nantes a voté à Royal de Luxe une subvention « exceptionnelle » de 800.000 euros. Le spectacle 2012 coûte donc aux contribuables nantais 1.100.000 euros (l’une des quinze représentations prévues a été annulée, mais on suppose que la troupe ne rendra pas au budget municipal le quinzième de sa subvention).
À raison de 1.300 spectateurs par séance, 18.200 personnes auront vu Rue de la Chute à Nantes. Cela représente un cadeau de 60,44 euros fait à chacune d’elles par la collectivité -- un peu moins de 1,4 g d’or au cours actuel. Pas une grosse pépite. Mais une fois tout cet or collecté dans les coffres de Royal de Luxe, il y en a quand même pour quelque chose comme 25 lingots.
L’histoire est hautement allégorique. Chaque année, Nantes verse 300.000 euros à la troupe juste pour avoir le privilège de la présenter comme « nantaise ». Et elle crache à nouveau au bassinet pour la réalisation des spectacles. Pour Rue de la Chute, la ville de Nantes a voté à Royal de Luxe une subvention « exceptionnelle » de 800.000 euros. Le spectacle 2012 coûte donc aux contribuables nantais 1.100.000 euros (l’une des quinze représentations prévues a été annulée, mais on suppose que la troupe ne rendra pas au budget municipal le quinzième de sa subvention).
À raison de 1.300 spectateurs par séance, 18.200 personnes auront vu Rue de la Chute à Nantes. Cela représente un cadeau de 60,44 euros fait à chacune d’elles par la collectivité -- un peu moins de 1,4 g d’or au cours actuel. Pas une grosse pépite. Mais une fois tout cet or collecté dans les coffres de Royal de Luxe, il y en a quand même pour quelque chose comme 25 lingots.
25 juin 2012
La culture à Nantes : (1) on n’a pas attendu Jean-Marc Ayrault
Les thuriféraires du Premier ministre reprennent en chœur le discours mis au point par les spin doctors de la mairie : Jean-Marc Ayrault a fait de Nantes une ville culturelle. À Nantes même, certains semblent s’être auto-intoxiqués avec cette fable. Car c’en est une.
Nantes, comme la plupart des grandes villes, a toujours été un foyer culturel. C’est à Nantes qu’a été publié le plus grand succès littéraire du 15e siècle, Les Lunettes des princes de Jehan Meschinot, natif de Monnières. Le théâtre Graslin et les noms des rues environnantes témoignent assez de la place que tenait la culture à Nantes à la fin du 18e siècle.
La ville s’est illustrée dans des genres très divers au 19e siècle et au 20e siècle en accueillant ou en donnant naissance à des peintres comme George Barbier, Étienne Bouchaud, Alexis de Broca, Camille Bryen, Paul Chabas, Jules-Élie Delaunay, Émile Dezaunay, James Guitet, Jean-Émile Laboureur, Maxime Maufra, Edgard Maxence, Michel Noury, Charles Perron, Ferdinand du Puigaudeau, Pierre Roy, James Tissot, Auguste Toulmouche, des sculpteurs comme Jean Debay, Henri-Joseph Ducommun du Locle, Guillaume Grootaers, Charles-Auguste Lebourg, des écrivains comme Jean-Pierre Abraham, Émile Boissier, René-Guy Cadou, Michel Chaillou, Marc Elder, Paul Guimard, Morvan Lebesque, Elisa Mercoeur, Charles Monselet, Michel Ragon, Hugues Rebell, Jean Sarment, des compositeurs comme François Benoist, Louis Bourgault-Ducoudray, Gaston Serpette, Alan Simon, Louis Vuillemin, des collectionneurs comme les frères Cacault, Thomas Dobrée, Pierre-Antoine Labouchère, etc.
Nantes a été l’un des pôles principaux des Seiz Breur, le grand mouvement artistique breton d’entre les deux guerres. Parmi eux, André Batillat, René-Yves Creston, Youen Drezen, Jean Fréour, Paul Ladmirault, Jean Mazuet, Jean Merrien, Robert Micheau-Vernez, Pierre Péron, Jorj Robin, Rafig Tullou, étaient nantais ou ont vécu à Nantes.
Dans ce désert culturel qu’était, paraît-il, la ville de 1989, sévissaient tout de même des groupes comme Tri Yann an Naoned ou Elmer Food Beat, des peintres comme Bertrand Bracaval ou Alain Thomas, des sculpteurs comme Gérard Voisin ou Bernard Barto, des galeristes de réputation nationale comme Mignon-Massart ou les Branchet, etc. Le Festival des Trois continents avait été créé en 1979, le Printemps des arts en 1984, Espace 44, futur Grand T, en 1983… et même le CRDC de Jean Blaise en 1982.
Dire que Nantes n’était pas une ville de culture avant Jean-Marc Ayrault, c’est en somme afficher sa propre inculture. À propos, parmi les personnages cités ci-dessus, seuls trois figurent sur le mur de Royal de Luxe, outre MM. Ayrault et Blaise.
________
P.S. Sur la vie culturelle de Nantes à travers les siècles, on lira le post détaillé de David Souvestre sur son blog Schadenfreude. Un constat s'impose : le bilan culturel de la Nantes bretonne surpasse largement celui de la Nantes ligérienne.
Nantes, comme la plupart des grandes villes, a toujours été un foyer culturel. C’est à Nantes qu’a été publié le plus grand succès littéraire du 15e siècle, Les Lunettes des princes de Jehan Meschinot, natif de Monnières. Le théâtre Graslin et les noms des rues environnantes témoignent assez de la place que tenait la culture à Nantes à la fin du 18e siècle.
![]() |
| Est-il plus « culturel » d’avoir créé la fontaine de la place Royale ou de la cacher sous un mur d’escalade ? |
Nantes a été l’un des pôles principaux des Seiz Breur, le grand mouvement artistique breton d’entre les deux guerres. Parmi eux, André Batillat, René-Yves Creston, Youen Drezen, Jean Fréour, Paul Ladmirault, Jean Mazuet, Jean Merrien, Robert Micheau-Vernez, Pierre Péron, Jorj Robin, Rafig Tullou, étaient nantais ou ont vécu à Nantes.
Dans ce désert culturel qu’était, paraît-il, la ville de 1989, sévissaient tout de même des groupes comme Tri Yann an Naoned ou Elmer Food Beat, des peintres comme Bertrand Bracaval ou Alain Thomas, des sculpteurs comme Gérard Voisin ou Bernard Barto, des galeristes de réputation nationale comme Mignon-Massart ou les Branchet, etc. Le Festival des Trois continents avait été créé en 1979, le Printemps des arts en 1984, Espace 44, futur Grand T, en 1983… et même le CRDC de Jean Blaise en 1982.
Dire que Nantes n’était pas une ville de culture avant Jean-Marc Ayrault, c’est en somme afficher sa propre inculture. À propos, parmi les personnages cités ci-dessus, seuls trois figurent sur le mur de Royal de Luxe, outre MM. Ayrault et Blaise.
________
P.S. Sur la vie culturelle de Nantes à travers les siècles, on lira le post détaillé de David Souvestre sur son blog Schadenfreude. Un constat s'impose : le bilan culturel de la Nantes bretonne surpasse largement celui de la Nantes ligérienne.
23 juin 2012
Chevault léger
Il fallait que quelqu’un ose, Jérôme Cordelier l’a fait en intitulant « L’homme qui murmure à l’oreille d’Ayrault » un article du Point sur Jean Blaise. Il est vrai que Cordelier ne recule devant aucune audace. Sans rire, il qualifie aussi Jean Blaise de « discret », et Daniel Buren, Claude Lévêque, Fabrice Hyber et Pierrick Sorin de « plus grands créateurs actuels »… Prochain titre prévu : « On achève bien l’Ayrault ». Un message à l’intention de Royal de Luxe, sans doute.
22 juin 2012
Le Carrousel des mondes marins n’aime pas le souffle atlantique
Si le Grand éléphant de l'île de Nantes est un gouffre financier, aimablement comblé par les contribuables, alors qu'il aurait dû rapporter de l'argent, c’est pour une bonne part à cause d'une insuffisance technique. On sait à présent que les perspectives du Carrousel des mondes marins sont, elles aussi, obérées par des contraintes techniques, si ce n’est par une erreur de conception.
Comme on l’a noté ici, il offre une grande prise au vent. « Situé en bord de Loire, le Carrousel des Mondes Marins est soumis aux intempéries, comme tous les manèges forains », expliquent drôlement les Machines de l’île, qui semblent oublier que « forain » signifie « non sédentaire » et que toute la ville est soumise aux mêmes intempéries. « En cas de fortes pluies ou de vents soufflant à plus de 50 km/h, le Carrousel ferme. »
Quarante et un jours par an, Nantes subit des rafales dépassant 57 km/h. Ce qui signifie que le Carrousel risque d’être souvent fermé. Hier après-midi, des rafales à 55 km/h l’auraient ainsi obligé à garder portes closes. Il y a là de quoi nuire à son attractivité touristique : un non-Nantais fera-t-il le voyage s’il n’est pas sûr de trouver le manège ouvert ?
On comprend que l’Office de tourisme de Nantes Métropole ait discrètement passé à la trappe le slogan « Le souffle atlantique » dont il usait naguère…
21 juin 2012
Rue de la Chute : (3) au service du Voyage à Nantes, ou l’inverse ?
Le spectacle de Royal de Luxe occupe naturellement une place de choix dans les annonces du Voyage à Nantes. Mais qu’est-ce que Rue de la Chute à Nantes ? Quinze représentations, du 15 juin au 1er juillet.
Lorsque commenceront les choses sérieuses, touristiquement parlant, au mois de juillet, Royal de Luxe sera parti pour Anvers, puis Paris. L’attractivité de l’événement estival en sera diminuée d’autant.
Le Voyage à Nantes espère attirer cet été 40.000 touristes supplémentaires. Ce n’est déjà pas beaucoup. Or, à raison de 1.300 spectateurs par représentation, Rue de la Chute ne propose pas plus de 19.500 entrées*. Et les Nantais forment l'immense majorité des files d'attente. Très peu de touristes auront donc l’occasion de voir le spectacle. (Ils peuvent cependant souscrire un « Week end Royal de Luxe » avec « placement garanti », vendu 105 euros par Nantes Tourisme ; on aimerait connaître le nombre de forfaits vendus.)
Présent dans les premiers jours du Voyage à Nantes, Royal de Luxe en aura profité pour roder son spectacle. Il aura surtout bénéficié à plein de la communication autour du lancement de la manifestation. Ce qui lui aura permis d’accroître encore sa notoriété, et donc éventuellement d'aller vendre ses spectacles encore plus cher ailleurs.
_________
* et même pas plus de 18.200 compte tenu de l'annulation du spectacle de dimanche dernier.
20 juin 2012
La cigogne aux œufs d’or
C’est par étourderie qu’on se demandait vendredi combien la réouverture du 32ème étage de la Tour Bretagne pouvait coûter aux contribuables. En réalité, la réponse est déjà officielle. Nantes Métropole a accordé au CCO, pour aménager son Nid, 400.000 euros de subvention en décembre et 900.000 euros en février. Peu de créateurs d’entreprise ont droit aux mêmes attentions !
Comme Le Voyage à Nantes inclut le Nid dans ses œuvres, cette dépense prise en charge par Nantes Métropole via le CCO est donc à ajouter à son budget officiel. Ça commence à faire cher du touriste.
Comme Le Voyage à Nantes inclut le Nid dans ses œuvres, cette dépense prise en charge par Nantes Métropole via le CCO est donc à ajouter à son budget officiel. Ça commence à faire cher du touriste.
19 juin 2012
Rue de la Chute : (2) rédemption
Après la publication du post précédent, Jean-Luc Courcoult, qu’on croyait plus libéré des conventions, n’a pas tardé à modifier son « climat de la création » pour rentrer dans le droit chemin de la syntaxe et de la concordance des temps. Enfin, presque : il évoque encore « les années 1865 », ce qui est trop d’s pour une seule année, et « les frères Cohen », ce qui est trop d’h pour les deux hommes.
Disparus en revanche les passages dont on s'amusait hier* :
____
* Au 21 juin, le texte intégral d'origine est encore visible sur le site ArtRock et sur celui de Paris Quartier d'été.
Disparus en revanche les passages dont on s'amusait hier* :
- « L'homme se nourrit de légendes, probablement de celles qu'il ne vivra jamais mais dont les croyances font battre son cœur », etc., etc.
- « elle s'effondra sur le tapis persan de Bagdad lui arrachant quelques poils de cachemire »
- « Le jeune Ferman s'enfuit sans toucher les pieds du sol »
____
* Au 21 juin, le texte intégral d'origine est encore visible sur le site ArtRock et sur celui de Paris Quartier d'été.
18 juin 2012
Rue de la Chute : (1) les pieds dans le tapis
Sur le site web de Royal de Luxe, Jean-Luc Courcoult brosse le « climat de la création » de sa dernière œuvre, Rue de la chute*. Il y manifeste surabondamment l’imagination qu’on lui connaît.
« L'homme se nourrit de légendes, probablement de celles qu'il ne vivra jamais », écrit-il ainsi. Derrière cette philosophie de bistro se dissimule une grande liberté d’esprit. Que l’homme ne vive jamais les légendes n’est pas seulement « probable » mais certain puisqu’une légende, par définition, n’appartient pas au réel. L’Académie française la définit comme un « récit héroïque, merveilleux, fabuleux », qui au surplus relève du passé et non du futur. Par cet usage délibérément fautif, M. Courcoult entend sans aucun doute montrer que son talent dépasse le vocabulaire.
De même, quand il évoque un « tapis persan de Bagdad » auquel sont arrachés « quelques poils de cachemire », il affiche bien sûr son goût des géographies imaginaires. Car il sait comme chacun qu'à Bagdad, ville arabe et non perse, on ne fait pas de tapis persans, et surtout pas avec du poil de chèvre du Cachemire, mal adapté à un tel usage.
Enfin, quand il décrit un jeune commis qui « s'enfuit sans toucher les pieds du sol », il démontre évidemment sa maîtrise des images burlesques : le sol a bien une clé, pourquoi n’aurait-il pas aussi des pieds ?
Et ceux qui diraient qu’on confond là imagination et n’importe quoi ne seraient que de mauvais coucheurs.
_____
* Après la parution de ce post, le texte du « climat de la création » a été promptement modifié. Les citations d'origine figurent dans le post du 19 juin.
« L'homme se nourrit de légendes, probablement de celles qu'il ne vivra jamais », écrit-il ainsi. Derrière cette philosophie de bistro se dissimule une grande liberté d’esprit. Que l’homme ne vive jamais les légendes n’est pas seulement « probable » mais certain puisqu’une légende, par définition, n’appartient pas au réel. L’Académie française la définit comme un « récit héroïque, merveilleux, fabuleux », qui au surplus relève du passé et non du futur. Par cet usage délibérément fautif, M. Courcoult entend sans aucun doute montrer que son talent dépasse le vocabulaire.
De même, quand il évoque un « tapis persan de Bagdad » auquel sont arrachés « quelques poils de cachemire », il affiche bien sûr son goût des géographies imaginaires. Car il sait comme chacun qu'à Bagdad, ville arabe et non perse, on ne fait pas de tapis persans, et surtout pas avec du poil de chèvre du Cachemire, mal adapté à un tel usage.
Enfin, quand il décrit un jeune commis qui « s'enfuit sans toucher les pieds du sol », il démontre évidemment sa maîtrise des images burlesques : le sol a bien une clé, pourquoi n’aurait-il pas aussi des pieds ?
Et ceux qui diraient qu’on confond là imagination et n’importe quoi ne seraient que de mauvais coucheurs.
_____
* Après la parution de ce post, le texte du « climat de la création » a été promptement modifié. Les citations d'origine figurent dans le post du 19 juin.
16 juin 2012
Chevilles processionnaires
« Le Voyage à Nantes et Estuaire répondent, dans l’esprit, à la même démarche, puisque ce sont tous les deux des parcours », dit Jean Blaise, à en croire Presse Océan d’hier. Avoir les chevilles enflées n’empêche pas de faire son bonhomme de chemin. Et pourquoi s’arrêter en si bonne voie ? À ce compte-là, on pourrait demain enrôler sous la bannière du Voyage à Nantes les chemins de croix, la procession de la Fête-Dieu, le Tro Breiz, le pèlerinage de Compostelle et le Tour de France.
Inscription à :
Articles (Atom)




