02 août 2011

Le blob bleu est de retour

Et voilà, l’Absence est redevenue bleue. L’œuvre pérenne avait juste besoin d’un ravalement. Deux ans après Estuaire 2009 : il ne faut pas être trop regardant sur la pérennité.

D’ailleurs, cette œuvre-là résiste plutôt mieux aux outrages du temps que le jardin étoilé de Maruyama, à Paimbœuf, victime tantôt des hommes, tantôt des intempéries, les triangles de Varini, à Saint-Nazaire, dont une partie ont déjà dû être refaits ou le jet d’eau de Jeppe Hein, à Couëron, qui fonctionne quand il n’est pas en panne.

Et elle n’est pas plus grotesque que la station Prouvé, qui sur son terre-plein en ciment ressemble à une station-service désaffectée (voilà une œuvre qui ne cache pas son jeu).

01 août 2011

Villa Déchets (4) : Tout n’est pas perdu

Puisqu’elle ne peut recevoir de public, la Villa Déchets restera un local privé, réservé aux adhérents de l’association Tabakero. Ils pourront la visiter (ah ! nostalgie !) et louer à la nuit son gîte urbain.

Mais à 1 euro la cotisation annuelle, et apparemment pas d’autres condition pour adhérer, il ne sera pas trop difficile de passer du statut « public », interdit dans ce local pas aux normes, au statut « adhérent », bienvenu.

La gestion commerciale de cette activité quasi hôtelière est confiée à Un coin chez soi, bien connu pour ses gîtes plus étonnants les uns que les autres (la Cabane du capitaine Nemo, la Villa hamster…) situés à Nantes, Marseille et Larmor Plage. Par un heureux hasard, Un coin chez soi appartient à Yann Falquerho, le « kero » de Tabakero.

Le monde est petit ! Tabakero, d'ailleurs, n’est pas seulement le nom de l’association bâtisseuse de la cabane : Frédéric Tabary et Yann Falquerho signent ainsi les travaux de leur « agence de tendances ». Et pour couronner le tout, une régie publicitaire fonctionnant sous le même nom a été créée fin décembre. Elle est gérée par Stéphane Leroux, chargé de la recherche de sponsors lors de la construction de la Villa Déchets.

Allons, même si la construction devait redevenir déchets un jour plus ou moins lointain, le travail des deux mille et quelques bénévoles de l’association n'aura pas été inutile.

31 juillet 2011

Villa Déchets (3) : Ah ! mes déchets ou Comment s’en débarrasser

« La Villa Déchets est désormais le siège social d'Ecopôle, un réseau d'associations locales oeuvrant pour l'environnement, et s'affiche comme l'emblème du développement durable à Nantes », assure le Studio Aparte, qui participa activement à la construction du bâtiment.

Eh ! non, Ecopôle, qui n’avait aucune envie de quitter les bords de l’Erdre, échappe à La Bottière. En effet, il aurait fallu adapter la Villa pour qu’elle puisse recevoir du public. Et, comme on le disait avant-hier, cela aurait coûté bien plus cher que de construire un immeuble neuf.

Cependant, conformément à sa vocation initiale, l’œuvre a bien été remontée « au profit d’une association » : son propre constructeur, l’association Tabakero elle-même, qui en bénéficiera pendant trois ans, sur un terrain prêté par Nantes Métropole. La communauté urbaine a aussi assuré le transport de la Villa vers La Bottière. Si l’on comprend bien, la prestation a coûté 19.000 euros. Un joli cadeau des contribuables. À amortir sur trois ans donc, soit près de 528 euros par mois : presque le prix d’un loyer.

En 2014, tout sera à recommencer : il faudra trouver un nouveau point de chute à la Villa.

30 juillet 2011

Estuaire dans la grisaille

L’Absence est bleue, c’est dans son essence. « Sa couleur bleue la transforme en une balise », insiste le blog maigrichon consacré à cette « œuvre pérenne » d’Estuaire 2009 qui fait aussi office de snack-bar devant la nouvelle école d’architecture de Nantes.


Sa couleur était encore ce qu’il y avait de mieux dans cet édifice patatoïde, moche mais merveilleusement placé (et où l’on pratique, il faut le dire, des tarifs raisonnables).

Or voilà que l’Absence est devenue grise. Comme on n’ose croire qu’un ravalement soit déjà nécessaire au bout de deux ans, il faut bien penser que le changement est délibéré. Il est d’ailleurs en phase avec la météo de cet été et l’architecture de l’île de Nantes. Avec ce changement de couleur, l’Absence a fait un grand pas vers le néant.

29 juillet 2011

Villa Déchets (2) : gare aux symboles

« La Villa Déchets sera démontée et remontée au profit d’une association afin de devenir "le symbole du développement durable" au sein de la région Pays de la Loire », assure encore à ce jour l’association Tabakero sur son site web.

Ambigu, le symbole. Modifier la Villa Déchets afin qu’elle puisse recevoir du public coûterait 450.000 euros, révèle Cédric Blondeel dans Presse Océan du 27 juillet. Pour un bâtiment de 76 m², cela fait pas loin de 6.000 euros du mètre carré ! Du développement durable, à ce prix-là, la région ne pourra pas s’en payer beaucoup.

Tabakero ne lésine pas plus sur le symbole que sur le détritus. Avant le premier coup de marteau sur le site des chantiers, le créateur de la Villa déclarait à Daniel Morvan, dans Ouest France : « Cette maison sera construite là où on construisait des navires, à deux pas des cales de lancement : tout un symbole d'avenir ! »

Imprudent, le symbole. Vu le sort des chantiers navals, l’avenir de la Villa Déchets pourrait bien ressembler à celui de la Maison Courcoult.

28 juillet 2011

Villa Déchets (1) : le bidonville, c’est pour les riches

Le sort de la Villa Déchets ressemble un peu à celui de la Grèce, définitivement sauvée au printemps 2010, puis au printemps 2011, puis à l’été 2011… En écho à « Encore un moment, Monsieur l’euro », elle nous joue « Encore un moment, Monsieur le Tabakero ». La voilà de retour après quelques mois de repos dans les hangars municipaux, mais pour trois ans seulement. Cette villa « 100% durable », comme on lit encore sur son site web, a une durabilité à éclipses.

L’association Tabakero s’est engagée à présenter un « bilan carbone » de l’opération Villa Déchets. Apparemment, elle n’a pas promis de bilan financier. Dommage.

L’opération a coûté 280.000 euros. Ils ont été payés par une entreprise, Maisons du Monde, qui fait ce qu’elle veut de son argent, après tout. Il faut y ajouter 7.000 journées de bénévoles, qui font ce qu’ils veulent de leur temps, après tout. Mais s’il avait fallu les payer au Smic, soit 9,00 euros brut de l’heure au 1er janvier, il y en avait pour 441.000 euros. Plus le travail des concepteurs, l’architecte d’intérieur Frédéric Tabary et le marchand de biens Yann Falquerho, qui font ce qu’ils veulent de leur talent, après tout, mais qui auraient normalement rajouté quelques dizaines de milliers d’euros à l’addition. Au prix du marché, la Villa Déchets aurait donc coûté au total… allez… mettons 760.000 euros minimum.

Cela fait tout juste 10.000 euros du mètre carré. Deux fois plus, par exemple, que dans un immeuble de grand standing comme Quai Magellan, actuellement en construction face à la Loire. Et sans le terrain, encore !

21 juillet 2011

La Noue Bras d’Inox

Un « cube d’acier de couleur rouille » : ainsi Presse Océan présente-t-il L’Île rouge. Bien vu : en fin de compte, ce nouvel immeuble de l’île de Nantes construit par Forma 6 est un gros cube rouillé. C’est assez dans l’air d’une époque où les jeans se vendent plus cher déteints et troués qu’à l’état neuf. C’est spectaculaire et ça change des profilés d’alu, il y a sûrement une grande maîtrise technique par derrière (car le bâtiment est bien couvert d'oxyde de fer et non de peinture rougeatre), mais qu’a cherché à dire l’architecte ?

Pour le quartier de la création, on a voulu cultiver un look industriel. C’est déjà une drôle d’idée, qui flirte avec l’oxymore. Où a-t-on vu cependant que la rouille en fasse partie ? Sur un site industriel, la rouille, c’est l’ennemi. C’est un signe de décrépitude, d’abandon. La marque distinctive des friches industrielles. La honte du métallo. L’Île rouge est comme un bras d’honneur à la mémoire ouvrière du lieu.

Un bras d’honneur, aussi, à l’histoire de Bretagne puisque cet hymne à la rouille est situé… rue La Noue Bras de Fer.

20 juillet 2011

Pas de scène de famille autour de la scène nationale

Lamentations dans les couloirs du Grand T : l’institution n’a pas obtenu le label « scène nationale » auquel elle aspirait. Ce label n’est pas seulement honorifique : il donne droit à des subventions de l’État. Seulement, l'argent manque et la Loire-Atlantique a déjà deux scènes nationales : Le Fanal à Saint-Nazaire et le Lieu Unique à Nantes.

Mais, de l’aveu même de son fondateur, on l’a dit récemment, le Lieu Unique « n’a jamais eu l’ambition d’être un lieu de création ». Il ne répond donc pas vraiment aux critères des scènes nationales. En 2006-2009, il n’a même pas respecté son contrat avec l’État quant au nombre de spectacles proposés. Moins tape-à-l’œil, le Grand T est aussi plus actif.

L’État va-t-il donc retirer le label au Lieu Unique pour le donner au Grand T ? Vous n'y songez pas ! Le Grand T n’a fait que recycler une création de la droite départementale, alors que le Lieu Unique est symbolique d’une gauche municipale triomphante : il est donc intouchable.

19 juillet 2011

Du rififi en gestation dans le tourisme de Loire-Atlantique

Les critiques adressées à sa gestion du Lieu Unique sont du passé pour Jean Blaise, exfiltré vers Le Voyage à Nantes. Mais d’autres contrariétés sont à venir. Après la Chambre régionale des comptes, le département de Loire-Atlantique s’apprête à commettre un lèse-Blaise caractérisé.

Le Comité départemental du tourisme de Loire-Atlantique a publié le 15 juillet au Bulletin officiel des annonces des marchés publics un appel d’offres portant sur un « accord cadre relatif à une mission de prestation de conseil et de définition d'une stratégie globale de communication, de prestations de conception, création, réalisation du programme de communication opérationnelle des dispositifs destinés à promouvoir la Loire-Atlantique comme destination touristique ainsi que les projets et services de Loire-Atlantique tourisme » (ouf !). Il ne s’agit pas de fournir une vague recommandation : le montant des dépenses prévu est de 500.000 euros par an pendant trois ans.

Des professionnels du marketing touristique préconiseront-ils d’axer la politique touristique départementale sur les œuvres pérennes d’Estuaire ? Cela paraît improbable. Mais tout autre choix risque fort d’aller contre la démarche du grand sachem touristique municipal.

Déjà, on dirait que la confiance ne règne pas. Le site web du Comité départemental a trouvé moyen de ne citer Estuaire 2007/2009 qu’une seule fois au fil de ses quelque 300 pages, à propos de la Villa cheminée de Cordemais, présentée uniquement sous l'angle hôtelier. Et il ne mentionne pas du tout Le Voyage à Nantes, absent même de son recensement de 107 « liens web utiles ».

Oh ! la l.a. ! quelle angoisse !

18 juillet 2011

Quand Jean Blaise manquait d’ambition

La Chambre régionale des comptes, on l’a vu hier, n’a pu que constater le fonctionnement insatisfaisant de l’association CRDC-le Lieu Unique. Elle n’incrimine personne : pas une seule fois le nom du patron de cette institution mal tenue n’est cité par son rapport. Le lecteur ignorera donc qu’en guise de sanction, il a été promu à de plus hautes responsabilités.

Jean Blaise n’a d’ailleurs aucune raison de se plaindre du traitement qui lui a été réservé dans cette affaire. Au mois de mars, on l’a dit, Presse Océan avait publié des extraits du rapport provisoire de la Chambre régionale des comptes à la faveur d’une fuite dont les auteurs ne lui voulaient probablement aucun mal. Cette fois, Presse Océan s’est contenté d’un entrefilet pour signaler la publication du rapport définitif.

Le commentaire d’Isabelle Labarre, dans Ouest France du 13 juillet, n’est pas tellement plus féroce ; la réponse de Jean Blaise y tient autant de place que les critiques de la Chambre*. Quand celle-ci reproche au Lieu Unique, par exemple, « la part insuffisante laissée à la création », il répond : « hormis pour les expositions, nous n'avons jamais eu l'ambition d'être un lieu de création. »

Voilà qui est intéressant. Le Lieu Unique est labellisé « scène nationale », ce qui lui donne droit à de jolies subventions. Les scènes nationales, indique la circulaire du 30 avril 1997 qui les régit, ont trois missions : « s’affirmer comme un lieu de production artistique de référence nationale, dans les domaines de la culture contemporaine ; organiser la diffusion et la confrontation des formes artistiques en privilégiant la création contemporaine ; participer dans son aire d’implantation (voire dans le département et la région) à une action de développement culturel favorisant de nouveaux comportements à l’égard de la création artistique et une meilleure insertion sociale de celle-ci. » Mais Jean Blaise, qui ne dédaignait pourtant pas les subventions, n’a « jamais eu » cette ambition. C’est un grand modeste.
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* Conformément à la loi, avant de publier son rapport, la Chambre l’avait communiqué à Françoise Chedmail, présidente de l’association CRDC-le Lieu Unique ainsi qu’aux maires ou présidents de collectivité contribuant au financement de celle-ci, c’est-à-dire MM. Ayrault, Auxiette, Grosvalet, Batteux, Chauveau, Haury et Moisière, respectivement au titre de la ville et de la communauté urbaine de Nantes, de la région des Pays de la Loire, du département de Loire-Atlantique, de la ville de Saint-Nazaire, et des communautés de communes Loire et Sillon, Sud Estuaire et Coeur d’Estuaire. La loi impose à la Chambre de publier les réponses reçues. Seuls deux des destinataires, Mme Chedmail et M. Auxiette ont accusé réception du document, sans contester ses conclusions. Mme Chedmail précise : « Le texte du rapport n’a pas fait l’objet d’observations particulières des membres du bureau de l’association CRDC, de Patrick Gyger, directeur du Lieu Unique et de Jean Blaise, directeur du Lieu Unique pour la période concernée ». Apparemment, Jean Blaise était plus soucieux de se justifier auprès de la presse qu’auprès des magistrats de la Chambre régionale des comptes.