08 novembre 2014

Bilan du Voyage à Nantes 2014 : (4) pourquoi le bilan 2013 a été exfiltré

L’opération estivale 2014 du Voyage à Nantes est un grand succès, a proclamé l’AURAN. « Estimation de la fréquentation en 2014 : 540 000 visiteurs, + 7% par rapport à 2013 », c’est écrit en toutes lettres dans son communiqué de presse. Pas mal du tout, même si une progression égale ou supérieure a été constatée en de nombreux points de Bretagne cet été, avec ou sans opération estivale.

Toute la presse locale a répercuté ces chiffres satisfaisants. Mais qui est allé relire le Bilan de l’événement estival 2013 publié l'an dernier par Le Voyage à Nantes lui-même ? Personne, dirait-on. Et pour cause ! Les sites web du Voyage à Nantes et de Nantes Tourisme ont été soigneusement expurgés : on n’y trouve plus trace de ce document. C’est plus prudent. Une année en 13, ça porte malheur.

Et surtout, ce bilan est devenu gênant. Il semble donc avoir subi le même sort que les opposants dans les encyclopédies soviétiques : il n'a jamais existé. Rappelons pourtant ce qui y était indiqué : « RÉSULTATS : À l’été 2013, 650 000 visiteurs extérieurs d’agrément ».


Mais comment afficher 7 % de visiteurs en plus cette année s'il y en a eu 110.000 en moins, 540.000 contre 650.000 ?

C'est simple. Redisons-le : les chiffres de 2013 étaient tout simplement bidonnés, comme ceux de 2012 d’ailleurs. Si l’on « rétropole » les 540.000 visiteurs de 2014 en tenant compte d’une hausse de 7 % d’une année sur l’autre, le nombre réel de visiteurs en 2013 n’a pas dépassé 505.000. Le résultat proclamé par Jean Blaise l’an dernier était gonflé de 29 % !

Et qu'on ne vienne pas invoquer l'accident de calcul : pour établir le bilan de son événement estival 2013, Le Voyage à Nantes s'est fait aider par une société nantaise bien connue, qui se présente comme spécialiste des sondages et des études de marché.

Et ce n’est pas tout. Le montant des dépenses des touristes était, lui aussi, archi-faux :

 
Dépense journalière   annoncée en 2013
Dépense journalière
annoncée en 2014
touristes en hébergement marchand 
55
66
touristes en hébergement non marchand
35
20
excursionnistes 
42
27

Les dépenses étaient donc sous-estimées pour les touristes séjournant dans un hébergement payant mais largement surestimées pour tous les autres, bien plus nombreux. Résultat des courses, les retombées économiques directes annoncées l’an dernier atteignaient 52,3 millions d’euros. En 2014, cette année bien meilleure pourtant, elles ont chuté à… 43 millions d’euros.

Quatre visiteurs sur dix, on l'a vu, ne sont probablement pas des touristes, et sur les six restants beaucoup ne sont pas venus à cause de la promotion estivale du Voyage à Nantes mais à cause du château des ducs de Bretagne, de la cathédrale, des Machines de l'île, du musée Jules Verne, de La Loire à vélo, etc. Il est donc probable que la part réelle du Voyage à Nantes dans les retombées économiques du tourisme en juillet-août 2013 ne dépasse pas une quinzaine de millions à tout casser alors qu'il a coûté 8 millions d'euros : un rendement exécrable.

Et ce n’est encore pas tout : ces chiffres bidonnés ont été officialisés dans le Rapport annuel de Nantes Métropole, un document à valeur légale qu’il va falloir rectifier. Petite bizarrerie au passage : la version de ce rapport mise en ligne date du 11 juin 2014. À cette date, il est probable que l’AURAN avait déjà découvert les acrobaties du bilan 2013.


Et maintenant que ces acrobaties sont avérées, comment Nantes pourrait-elle continuer à confier sa politique touristique à la SPL Le Voyage à Nantes ? La délégation de service public vient justement à échéance à la fin de cette année. Le conseil de Nantes Métropole a adopté le 27 juin dernier le principe de son renouvellement en faveur du Voyage à Nantes, mais il l'a fait sur la foi d'un rapport reprenant des chiffres dont on sait à présent qu'ils étaient faux.

Ce qui soulève un lièvre supplémentaire. Nantes Métropole veut dispenser Le Voyage à Nantes de la mise en concurrence prévue par la loi. Pour légitimer cette exception, en vertu de l'article L1411-12 alinéa b du code général des collectivités locales, elle prétend qu'elle « exerce sur cette SPL un contrôle comparable à celui qu'elle exerce sur ses propres services ». Eh ! bien, ça n'est pas franchement rassurant quant aux services de Nantes Métropole.

Une DSP suppose une grande confiance en son partenaire, or le partenaire, ici, n'a pas seulement raconté des carabistouilles : il n'a pas montré une grande efficacité économique. Pas de quoi justifier en tout cas qu'on lui confie 17 ou 18 millions d'euros d'argent public par an.

(À suivre…)

07 novembre 2014

Bilan du Voyage à Nantes 2014 : (3) le bilan 2013 était faux

En chargeant l’AURAN d’établir le bilan de son opération estivale 2014, Le Voyage à Nantes ne prenait pas trop de risques : l’Agence, qui vit presque uniquement de subventions publiques, ne voudrait assurément pas faire trop de peine à la municipalité nantaise. Mais quand même, assez sévèrement accrochée par la Chambre régionale des comptes le mois dernier, l’AURAN ne pouvait pas non plus brader son professionnalisme.
Il était pourtant souhaitable de publier des chiffres potables, c’est-à-dire encore meilleurs que l’an dernier. En effet, la délégation de service public par laquelle Nantes a confié sa politique touristique au Voyage à Nantes vient à expiration au 31 décembre 2014. Son renouvellement aurait fait désordre en cas de flop.

Que faire, alors ? Puisque la voie de l'hyperbidonnage était fermée, il ne restait qu'à faire semblant d’ignorer les résultats de l’an dernier. L’AURAN les a balayés sous le tapis d'une simple note en bas de son communiqué sur le bilan 2014 : « Les chiffres de fréquentation et d’estimation des retombées économiques retropolés pour 2013 diffèrent des chiffres annoncés en 2013 car la durée moyenne de séjour, variable essentielle au calcul de la fréquentation, a été affinée dans l’enquête 2014 et reprise dans le calcul de la fréquentation. »

Que voilà une manière alambiquée de dire une chose simple : les chiffres proclamés par Jean Blaise en 2013 étaient faux ! Telle est la principale leçon du bilan 2014. Au passage, ils ont bonne mine, les observateur44, michel et autres anonymes qui, l’an dernier, s’indignaient des doutes exprimés par ce blog sur les chiffres affichés par le Voyage à Nantes et sur la méthode utilisée pour les établir. Les voilà désavoués de la manière la plus claire. On attend des excuses...

(À suivre…)

06 novembre 2014

Bilan du Voyage à Nantes 2014 : (2) des visiteurs pas bien curieux

L’AURAN a donc établi un bilan de la fréquentation touristique à Nantes cet été, sous couvert d’un « Observatoire » imaginé pour la circonstance. Faire appel à l’AURAN, est-ce un progrès par rapport aux années précédentes ? Le bilan établi en 2012 par Le Voyage à Nantes avec G&A Links indiquait : « L’AURAN a participé, comme en 2011, aux comités technique et de pilotage de l’étude G&A Links, apportant son expertise des statistiques métropolitaines. » Et le bilan 2013 avait repris la méthodologie de 2012. La vraie différence 2014 n’est donc pas l’arrivée de l’AURAN mais l’éviction de G&A Links !

La méthode employée aurait néanmoins changé. Celle de 2014 a été « développée pour la DGE (ex-DGCIS) et Atout France », indique un communiqué de presse de l’AURAN, mais elle n’a jamais été appliquée : Nantes sert de cobaye. Ses résultats appellent donc un peu de circonspection.

L’outil de mesure essentiel est apparemment une enquête effectuée auprès de 791 passants entre le 24 juillet et le 25 août. Ces gens n’ont pas été cuisinés de très près puisque 35 « journées enquêteurs » ont été consacrées à ce travail, indique Nantes Métropole, soit moins de 20 minutes par personne en moyenne, y compris le temps nécessaire pour se mettre en place, arrêter des passants, etc.

Rien ne dit que ces passants aient été représentatifs des touristes venus visiter Nantes. Ils ont été hélés en huit points de la ville (place Royale, place du Pilori, nefs des Machines de l’île, gare, bureaux de Nantes Tourisme...). Or on découvre que « 61% des visiteurs ont visité un site du Voyage à Nantes (sur Nantes) ». Quoi ? Six visiteurs sur dix seulement seraient allés voir le château des ducs de Bretagne, le jardin des plantes ou l’un des autres sites du parcours ? Sont-ils si peu curieux, nos touristes ? On en conclura plutôt que quatre visiteurs sur dix ne sont pas des touristes : ils sont à Nantes pour voir des amis, pour faire des courses, etc. et n'ont pas grand chose à faire dans le bilan du Voyage à Nantes.

(À suivre…)

Bilan du Voyage à Nantes 2014 : (1) pour une intervention de l’ONU

Le Voyage à Nantes avait déjà publié un bilan de la saison 2014 en septembre. Apparemment, ça n’avait pas suffi, ou ça n’avait pas été assez convaincant : il a récidivé en octobre avec un « Bilan de la fréquentation touristique d’agrément de l’agglomération nantaise – saison estivale 2014 » réalisé par l’OTAN.

 L’OTAN ? Ça en jette ! Hélas, il s’agit seulement de l’Observatoire du Tourisme de l'Agglomération Nantaise, qui n'a d'autre existence que virtuelle. Chacun de nous peut créer des Observatoires à sa guise et l’Agence d’urbanisme de l’agglomération nantaise (AURAN), à l’origine de cet OTAN-là, ne s’en prive pas. Elle s’avère même aussi prodigue en observatoires qu’elle l’a été avec les rémunérations versées à son ancien directeur, ainsi que l’a raconté la Chambre régionale des comptes voici peu.

Au fil des années, elle a invoqué l’Observatoire Nantais de l’Immobilier Tertiaire, l’Observatoire du logement locatif privé,  l’Observatoire des Industries Culturelles et Créatives de Nantes/Saint Nazaire, l’Observatoire de l’habitat, l’Observatoire du foncier et de l'habitat autour du site du projet d'aéroport du Grand Ouest à Notre Dame des Landes, l'Observatoire des formes urbaines, l’Observatoire des transports et déplacements, l’Observatoire de la sécurité routière, l’Observatoire du marché foncier rural et agricole, l’Observatoire de l’environnement, l’Observatoire du Plan de Déplacements Urbains, l’Observatoire des modes de vie, des changements socioéconomiques, l’Observatoire des espaces, l’Observatoire photographique des paysages, l'Observatoire Commercial de l'Agglomération Nantaise, et l'on en oublie probablement, faute d'un Observatoire des Observatoires.

Halte aux comités Théodule, vive la simplification administrative : créons une fois pour toutes un Observatoire nantais unifié (ONU), omniprésent et omniscient, omniAuran en un mot, dont l’acronyme n’en jettera pas moins que l’OTAN.

05 novembre 2014

Nantes rogne le monument aux 50 otages

Pour la commémoration de l’exécution des 50 otages, Nantes avait discrètement supprimé l’un des arbres du mémorial qui leur est consacré, au Pont-Morand.

Pour le 11 novembre, Nantes est en train de reculer le muret limitatif du mémorial le long du quai de Versailles. Il faut dire que cet endroit est l’un des points les plus litigieux des chaussées nantaises. Sur un espace d’un mètre entre le muret et la ligne n°2 du tramway étaient censés coexister des foules de piétons dans les deux sens et de nombreux cyclistes dans le sens sud-nord, sans parler de tous les cyclistes qui passent par là en sens interdit dans le sens nord-sud. Malcommode et éventuellement dangereux.

Mais voilà : le monument aux 50 otages ne se limite pas aux sculptures de l'artiste Seiz Breur Jean Mazuet qui en forment le centre. C’est (c’était…) un ensemble complet développé de chaque côté de ces sculptures et conçu par l’architecte Marcel Fradin. Alors quoi ? Peut-on à volonté débiter en tranches ce lieu sacré ? Manifestement, oui, on peut. Déjà, on l’avait un peu rogné pour faire passer le tramway. On ne fait qu’en grignoter un peu plus, quitte à détruire la symétrie de l’ensemble.

On sait que les 50 otages étaient en fait 48. Il suffira de dire qu’on a repris la part des deux otages qui n’existaient pas…

04 novembre 2014

Les trois mystères pékinois du cheval-dragon : (etc.) la surprise du cinquantenaire

Comme les Trois mousquetaires, les trois mystères du cheval-dragon en comptent un de plus. Mais on préfère éviter de tracer un chiffre que la numérologie chinoise juge maléfique. Certains ascenseurs pékinois passent directement du 3ème au 5ème étage.

Le spectacle de l’araignée et du cheval-dragon était, paraît-il, destiné à célébrer le cinquantenaire du rétablissement de relations diplomatiques entre la Chine et la France. Or ledit rétablissement a eu lieu le 27 janvier 1964. Le spectacle de La Machine avait donc huit mois et demi de retard.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. Cependant, ce cinquantenaire avait été préparé de longue date, en France comme en Chine. Un comité d’organisation des festivités avait été constitué dans chaque pays, des mécènes trouvés et un programme de plusieurs centaines d’événements mis au point. Parmi les principales manifestations prévues en France à partir de la fin 2013 figuraient en particulier la soirée « Nuit de Chine » du Grand Palais à Paris le 27 janvier et une visite d’État du président chinois Xi Jinping.

 De l’autre côté du globe, l’ambassade de France en Chine recensait « huit événements phares » :
  1. Exposition de la Fondation Charles de Gaulle/Concert de la Garde Républicaine (27 et 28 janvier 2014)
  2. Semaine de la science et de la technologie (du 21 au 28 février)
  3. Les 10 chefs d’œuvres du XIXe et XXe siècles (à partir du 11 avril),
  4. Le cinéma français à l’honneur en Chine, à l’occasion des festivals internationaux de cinéma de Hong-Kong (mars), Pékin (15 avril) et Shanghai (juin)
  5. La France invitée d’honneur du sommet « Annual China Green Companies » (20 au 22 avril)
  6. Mois franco-chinois de la « Science et de la Culture » (du 25 avril au 25 mai)
  7. Exposition « France Technologie (à partir de mai)
  8. Temps fort sur la recherche médicale (à l’automne)
De cheval-dragon, point ! Le recensement des manifestations établi par le comité officiel France-Chine 50 ne le mentionne toujours pas au 18 juin 2014 alors qu’il annonce par exemple une tournée du Ballet national de Marseille en Chine du 7 au 26 octobre ou une exposition de sculptures monumentales françaises à Shanghai du 18 octobre au 10 novembre…

En réalité, le spectacle de François Delarozière ne s’insère dans le programme des manifestations qu’en toute dernière minute, apparemment sans grand enthousiasme du côté des Chinois (à cheval-dragon donné, pourtant, on ne regarde pas les dents). L’agence de presse officielle Chine nouvelle l’annonce ainsi : « Du 17 au 19 octobre, le public chinois est invité à découvrir sur le site olympique de Pékin un spectacle inédit intitulé ‘Long Ma, l'esprit du cheval dragon’, a déclaré vendredi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Romain Nadal. »

D’où le dernier (à ce jour) mystère du cheval-dragon : pourquoi cette arrivée en catimini dans le programme, à la demande de qui, au profit de qui et dans quelles conditions ?

03 novembre 2014

Les trois mystères pékinois du cheval-dragon : (3) qui est ce mécène si discret ?

Le budget officiel du spectacle de La Machine à Pékin s’élève à 5 millions d’euros. Ça ne paraît pas si cher, au fond. Outre sa construction pour 2,8 millions d’euros, il a fallu transporter Long-Ma en Chine par vol spécial en avion-cargo, 600.000 euros à lui tout seul, tandis que l’araignée géante voyageait de son côté (aller-retour, ce voyage-là). Il a aussi a fallu faire venir 80 personnes de France, les loger pendant des semaines à Pékin, les rémunérer…

Si l’on voit bien où sont allés ces 5 millions, on voit moins d’où ils viennent. Ce n’est pas le genre de somme qu’on trouve sous les sabots d’un cheval-dragon. Alors, bien sûr, la question est incontournable : qui paie ? Pas les spectateurs, pour qui le spectacle était gratuit, même s’ils devaient réserver leur place (ce qui aurait facilité leur fichage, s’il en avait pris la fantaisie au gouvernement chinois). Selon le ministère des Affaires étrangères, le projet a été « soutenu par l’Institut français et réalisé sous l’égide de la municipalité de Pékin et de l’ambassade de France en Chine ». À en croire France-Chine 50, comité officiel du 50ème anniversaire des relations diplomatiques franco-chinoises, « le cheval-dragon est un cadeau de la France à la Chine » à l’occasion de ce cinquantenaire.

Le contribuable français aurait donc payé la facture de La Machine ? Non point, jure Nantes Métropole : « Long Ma est en effet un cadeau de la France à la Chine, financé par un mécène ». Ou plusieurs mécènes, selon d’autres sources. L’envoyé spécial de La Croix à Pékin est plus précis : le cheval-dragon est une commande « passée par l’ambassade de France pour être programmée dans le cadre des manifestations de l’année de la Chine, célébrant le cinquantième anniversaire des relations diplomatiques entre la France et l’Empire de Milieu. Plusieurs partenaires s’y sont associés, dont l’Institut français, la ville de Pékin, et un mécène chinois, le Groupe culturel Gehua ». Pas du tout, indique Ouest-France, le cadeau de la France à la Chine est bien payé par un mécène chinois, mais il s’agit du promoteur Adam Yu qui « couvrira 95% des frais de l'opération » (ce qui laisse quand même 250.000 euros à trouver).

A-t-on jamais vu le mécène d’un spectacle très médiatique rester ainsi dans l’ombre ? D’autant plus qu’Adam Yu, s’il s’agit bien de lui, n’est pas un poids plume : il a fait fortune dans l’immobilier en Chine. Il y possède en particulier le centre de finance international Winland. Un inconnu en France ? Peut-être pas. Le président de la République a reçu voici quelques jours le Comité des mécènes qui financent les manifestation du cinquantenaire des relations franco-chinoises. Oh ! l’Élysée ne s’est pas étendu là-dessus et ne mentionne même pas le nom du promoteur, mais l’une des entreprises participantes a mis en ligne une photo de la cérémonie. À la droite de François Hollande se tient Xi Jinping, président de la République populaire de Chine. Et à sa gauche le promoteur Adam Yu, ainsi placé au plus haut niveau dans l’ordre protocolaire, sans que rien n’indique quel rôle officiel lui vaut cet honneur.

Voici donc le troisième mystère du cheval-dragon : Qui a réellement payé le spectacle et pourquoi ?

01 novembre 2014

Les trois mystères pékinois du cheval-dragon : (2) d’où viennent les économies ?

Le dragon Long-Ma pèse aussi lourd (45 t) et est aussi haut (12 m) que le grand éléphant des Machines de l’île. Mais sa technologie est beaucoup plus complexe. Il va plus vite et surtout il accomplit des mouvements beaucoup plus élaborés. Là où l’éléphant ne peut guère que remuer la trompe et les jambes, Long-Ma sait courber l’encolure et se cabrer sur ses pattes arrières. Là où l’éléphant ne crache que de l’eau, il crache aussi du feu. Il contient une double motorisation, davantage de mécanismes et d’électronique.

Le grand éléphant devait à l’origine coûter 2 millions d’euros sur un budget global de 4,8 millions pour l’ensemble éléphant + galerie. Le budget a été porté à 6 millions d’euros en mars 2007, soit un joli dérapage de 25 % ; le coût final de l’éléphant serait ainsi de 2,5 millions d’euros. Entre mars 2007 et septembre 2014, l’indice des prix est passé de 115,4 à 127,80. Sur cette base, le coût théorique de l’éléphant serait passé de 2,5 millions à 2,77 millions. Selon Emmanuel Guimard, du journal Les Échos, la construction du cheval-dragon a coûté pratiquement autant à 1 % près : 2,8 millions d’euros.

Voici donc le deuxième mystère du cheval-dragon : Sur quels postes La Machine a-t-elle fait des économies pour parvenir à construire au même prix que l’éléphant une machine bien plus complexe ? Mystère n° 2 bis : Si des économies ont été possibles pour le cheval-dragon, pourquoi ne les a-t-on pas faites aussi pour l’éléphant, financé par les contribuables nantais ? Mystère n° 2 ter : comment se fait-il que le projet d’arbre aux hérons soit évalué 35 millions d’euros, soit douze fois et demie plus cher ?

31 octobre 2014

Les trois mystères pékinois du cheval-dragon : (1) où sont les foules chinoises ?

La lutte entre les deux mécaniques géantes de La Machine, le cheval-dragon Long-Ma et l’araignée La Princesse, promettait à Pékin un spectacle hors du commun. Les représentations ont eu lieu sur l’esplanade du « Nid d’oiseau », le célèbre stade olympique de Pékin. Tout le monde connaît cet édifice prestigieux.

Avec trois journées de représentation précédées par des répétitions en public, il y avait de quoi attirer les foules. Plus d’un million de Pékinois, a dit François Delarozière. Un million de spectateurs ? Dans cette agglomération de vingt millions d’habitants, c’est comme si 30.000 personnes au total avaient vu le dernier défilé de géants de Royal de Luxe à Nantes ! Or Royal de Luxe, qui n’a jamais fait dans la modestie, en a revendiqué « au moins 500.000 ». Presque 17 fois plus relativement à la taille de la ville.

N’empêche, 1 million de spectateurs, même répartis sur trois journées et neuf représentations, ça fait une foule impressionnante. Or cette foule, aucune des très nombreuses photos et vidéos disponibles en ligne ne la montre. Elles s’attardent largement sur le spectacle, phénoménal il est vrai. Mais même dans les coins, même en arrière plan, on ne voit jamais de grand concours populaire. La tribune officielle elle-même n’a pas l’air bondée. Voici donc le premier mystère du cheval-dragon : où sont passés les centaines de milliers de Chinois disparus* ?
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* Olivia Geng, du Wall Street Journal, livre peut-être la clé de l'énigme : non seulement, les foules ont été tenues à distance par le service de sécurité, mais  « selon les organes officiels chinois, 100.000 personnes au total ont assisté au spectacle au cours du week-end ». Selon les mêmes organes, les spectateurs auraient été... des touristes. On est loin du million de Pékinois aperçu par François Delarozière. Pourtant, le calcul n'était pas trop compliqué puisque les spectateurs devaient réserver leur place.

29 octobre 2014

Nantes et la Loire (5) : 25 ans de perdus pour le grand débat

La Loire en crue, 24 mai 2013
L’ouverture du débat « La Loire et nous » est un événement à marquer d’une pierre blanche. Quels que soient ses résultats, il signale au moins que Nantes a désormais à sa tête une responsable concernée par la question. « L’histoire de Nantes et son agglomération est intimement liée à celle de la Loire et de l’estuaire », souligne Johanna Rolland sur le site web de Nantes Métropole. « La Loire porte, j’en suis convaincue, une part de notre avenir. »

Ce blog avait à sa petite échelle lancé le débat il y a des années avec un post intitulé « La crue et la cuite » (ah ! ah ! ah !). « La Loire devrait être l’atout numéro un du Hangar à bananes », y notait-on. « C’est au contraire sa hantise depuis que quelques poivrots y ont piqué une tête. On a dressé des barrières, ménagé un no man’s land entre le promeneur et l’eau. » Entretemps les barrières ont gagné du terrain : on en a ourlé tout le quai de la Fosse.

Quand Jean-Marc Ayrault est arrivé à la mairie de Nantes en 1989, un grand dessein tout trouvé s'offrait à lui : réconcilier la ville et le fleuve grâce à l’aménagement de l’île de Nantes. Le projet Chemetoff prévoyait d’ailleurs la création d’un port de plaisance. Il est vite passé à la trappe. Pour l’ancien maire de Nantes, apparemment, la Loire n’était que source d'ennuis et prétexte à construire des ponts. Ayrault n’était pas ayraquatique. Avec ce « premier grand débat citoyen », comme dit la ville de Nantes, soulignant ainsi le caractère mineur des précédents, Johanna Rolland tue symboliquement le père-maire. La pierre blanche est une sorte de pierre tombale.

Les articles précédents de la série « Nantes et la Loire » :