« C’est de la folie de
refaire la même chose en espérant un résultat différent », disait
paraît-il Einstein. Quand des militants ont peint l’escalier de la rue
Beaurepaire en six couleurs au mois de juin, d’autres l’ont partiellement
barbouillé de blanc quelques jours plus tard. Que se passerait-il si les mêmes,
munis cette fois de toutes les herbes de la Saint-Jean municipales,
repeignaient à nouveau les marches ? Devinez un peu ?
Si l’on tenait vraiment à repeindre
l’escalier au lieu de le nettoyer, il fallait le protéger, comme Nantes sait si
bien faire d’habitude. Y mettre des caméras, la police municipale, des
patrouilles de l’Opération Sentinelle, les vigiles de Lynx Assistance... À
moins de viser une posture victimaire, genre si l’on te frappe sur la marche
gauche, tend la marche droite. L’auréole du martyr se porte bien, surtout quand
on l’a acquise d’un coup de pinceau. C’est sans doute moins douloureux que
d’être boulotté par les lions.
« La ville va porter
plainte et interviendra au + vite pour effacer les
dégradations », annonce
Johanna Rolland sur Twitter. Attention à bien rédiger la plainte pour
qu’elle ne vise pas aussi les peintres amateurs. Quant à effacer
les dégradations, on se souvient des résultats du nettoyage au Kärcher pratiqué
par les services municipaux en juin :
« c’est de la folie de
refaire la même chose », etc.
Si Johanna Rolland tient absolument
à refaire son escalier polychrome, qu’elle prenne les précautions nécessaires.
Et elle n’a pas besoin d’aller bien loin pour savoir quoi faire. Le long des
marches de granit, entre l’escalier et la boutique Rougier & Plé, un
escalator mécanique témoigne de la technicité à la nantaise. Soigneusement
enfermé depuis des années, il est à l’abri de toute dégradation. Placer l’escalier
de la rue Beaurepaire sous sarcophage, voilà une solution efficace et
consensuelle !
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| Derrière la tôle de gauche, un escalier mécanique parfaitement protégé |
P.S. La mairie de Nantes n’a pas toujours manifesté le même
intérêt pour l’art urbain, ainsi que le rappelle excellemment E.L. En 2012, sur un
mur pourtant destiné aux graffeurs, avait été inscrit en lettres énormes :
« Où sont les gens du Voyage à Nantes ? ». Comme le racontait
alors le blog de l’académie de journalisme du
Monde,
la décoration avait
été « grossièrement recouverte de peinture grise, trois jours plus tard, par les services de la ville ».