mardi 5 juin 2018

Le Voyage à Nantes : 120 millions de subventions, et toujours dans le rouge

Est-ce pour détourner l’attention de son médiocre programme 2018 ? Le Voyage à Nantes est dans le rouge, nous apprend Presse Océan ce matin sous la plume d’Emmanuel Vautier et Stéphane Pajot.

Ces derniers n’ont pas toujours montré une grande férocité à l’égard de Jean Blaise, du Voyage à Nantes et de leurs œuvres, que ce soit à propos du rapport de la chambre régionale des comptes l’an dernier, de L’Arbre aux Hérons ou du nouveau moteur du Grand éléphant. Leur dossier de ce matin relève-t-il du plaidoyer en défense ou du journalisme d’investigation ? Il mérite en tout cas d’être lu avec attention.

Quel est le problème ? La société publique locale Le Voyage à Nantes aurait terminé l’exercice 2017 avec un déficit net de 191.400 euros, en attendant pire en 2018. La faute à Nantes Métropole, assure Presse Océan : ses subventions ont baissé de 1,3 million sur trois ans. Et alors ? Elles avaient précédemment augmenté de 1,5 million sur trois ans, passant de 14,7 millions d’euros en 2013 à 16,2 millions d’euros en 2015 !

Et surtout, rattacher les résultats financiers de la SPL Le Voyage à Nantes aux subventions municipales est contraire à l’esprit de la loi. Une SPL est une société de droit privé qui assume ses propres risques. Les subventions publiques versées au VAN ont pour seul but de compenser les sujétions qui lui sont imposées dans le cadre de délégations de service public. Quant au reste, à lui de se débrouiller avec ses différentes sources de revenus (billetteries, services, publicité, etc.), comme n’importe quelle entreprise, pour couvrir ses charges.

Une oeuvre emblématique du Voyage à Nantes (2012)
Le fait est que, depuis sa création en 2011*, Le Voyage à Nantes n’a jamais été capable d’équilibrer son compte d’exploitation. Il n’a réussi à présenter un résultat net excédentaire de 2011 à 2013 que par reprise de subventions d’investissement – une opération contestable, a noté la chambre régionale des comptes. La moitié du chiffre d’affaires provient des Machines de l’île. L’ouverture en 2012 d’un Carrousel des mondes marins payé par les contribuables a fait progresser le chiffre d’affaires, pas les résultats.

Partout en France, et plus généralement en Europe, le tourisme urbain a beaucoup progressé ces dernières années. Le Voyage à Nantes bénéficie du mouvement. À la fin de chaque été, Jean Blaise proclame des résultats mirifiques. Des victoires à la Pyrrhus, donc ? Depuis 2011, Le Voyage à Nantes a palpé à peu près 120 millions de subventions de fonctionnement (il a coûté environ 200 euros à chaque habitant de la métropole, nourrissons compris) et, dans une période pourtant très favorable, il n’arrive pas à s’en sortir. Comment qualifier cette performance sinon par le mot « échec » ?

En 2011, la chambre régionale des comptes avait critiqué la gestion du CRDC, obérée en particulier par une opération Estuaire mal financée. À la suite de quoi, Jean-Marc Ayrault avait promu Jean Blaise à de plus hautes responsabilités à la tête du Voyage à Nantes, sans même lui imposer un petit stage de formation à la gestion d’entreprise. Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes.

* Plus exactement, Le Voyage à Nantes est issu de la transformation de la SEM Nantes Culture & Patrimoine en janvier 2011.

3 commentaires:

ERDREINTIME a dit…

Assujettissement des territoires périphériques: estuaire, vignoble, aujourd'hui le Mont Saint Michel et Rennes, bousculés par des méthodes coloniales, quoi que s'en défende Monsieur Jean Blaise.
Confusion privé/public qui rend le contrôle politique et démocratique impossible, exigences et recours contre le VAN hasardeux, relevant du droit public ou du droit commercial?
Mépris des petits opérateurs comme je le suis, forcé par le VAN à une concurrence désastreuse, à l'encontre d'une économie de la coopération et de la complémentarité que je défends dans mes engagements extra professionnels.
Enfin le népotisme insupportable des réseaux du pouvoir nantais...

Et que dire de cette "traversé moderne d'un vieux pays" qui s'appuie sur des lieux qui n'ont pas besoin de promotion comme Saint Nazaire, Rennes et Saint Malo, alors qu'un parcours valorisant "les marches de Bretagne" et ses pays ruraux, Ancenis, Châteaubriand, Vitré, Fougères et Dol de Bretagne aurait été signifiant culturellement et socialement, exprimant une certaine solidarité ville campagne ... Une autre démarche, pleine de sens et moins artificielle que de vouloir capter les hordes du tourisme de masse qui génèrent 8 % des émissions de CO2...

Anonyme a dit…

Situation qui risque d'évoluer de mal en pis et le barrissement du gros néléphant qui risque encore de monter dans les aiguës.

"Voyages à Nantes : des salariés en tension. Un préavis de grève a été annoncé pour le 14 juin. Il concerne les pilotes de l’éléphant."

Ca plus le pont transbordeur à 600 0000 et le belvédère reportés, le début de la fin.

Cyril44 a dit…

L'équipe municipale actuelle fait déjà pire que Jean Marc Ayrault en plus de 20 ans de mandat.
Et encore, outre le scandale des subventions aux machines, on apprend par Presse Océan ce matin que la ville de Nantes va abandonner 23 ha à des promoteurs pour la modique somme de... 10,6 M€ ! soit 50 euros le mètre carré !
Or, les terrains du quartier Beaujoire se vendent au mieux à 600 euros le mètre carré !
La municipalité dit "pas d'investissement par les contribuables".
Sauf qu'en revendant les 23 ha au prix du marché, la ville aurait récupéré plus de 100 M€ !
La perte pour le contribuable de Nantes Métropole va s'élever à au moins 90 M€ !