10 octobre 2014

Lobbying pour NDDL (12) : le début de la fin

Quand Le Canard Enchaîné sort une information fracassante, c’est souvent que quelqu’un dans les hautes sphères la lui a communiquée. Que cherchait donc celui qui lui a remis la demande de permis de construire déposée par Vinci pour Notre-Dame-des-Landes ? Sûrement pas à relancer le projet ! L’article paru ce mercredi est un grand pas de plus vers son enterrement. En révélant que l’aéroport en projet serait plus petit que l’aéroport existant, il ne donne pas seulement des armes aux adversaires du projet : il ridiculise ses partisans qui affirmaient que Nantes Atlantique était trop petit.

La réponse de Vinci publiée ce matin dans Presse Océan n’arrange rien. Le bâtisseur allègue une nouvelle génération d’aéroport avec « deux modèles d’infrastructure totalement différents ». Mais comme les avions et les passagers auront toujours besoin de pistes, de parkings, de halls, de comptoirs, de passerelles, etc., si l’on en met moins à NDDL, c’est qu’il y a de la marge à Nantes Atlantique. Incontournable !

« C’est un projet évolutif », assure Vinci, qui insiste : « on sait déjà que la fréquentation ne sera pas la même entre aujourd’hui et sa mise en service ». Qu’est-ce à dire ? Qu’on a prévu d'annoncer, à un moment quelconque entre aujourd’hui et la mise en service, que l’aéroport prévu est déjà trop petit et doit être agrandi ? Cela rappelle ce que l’association Contribuables associés écrivait il y a deux ans : « le projet ne prévoit, bizarrement, aucun dépassement de budget… Or, dans ce genre de gros projets d’infrastructure, le prix initial est quasiment toujours sous-estimé, et les dépassements de budget (à la charge des contribuables bien sûr) atteignent facilement 30 à 35 % ». Un tel dépassement est en filigrane dans ce que dit Vinci.

On se rappelle l’ultime argument des partisans de l’aéroport : s’il ne se faisait pas, il faudrait dédommager Vinci. Sans nul doute, il y aura un bras de fer sur ce sujet. La révélation du Canard Enchaîné fragilise clairement la position de Vinci. De là à imaginer qu’elle n’est peut-être pas innocente…

Retrouvez les épisodes précédents de « Lobbying pour NDDL » :

23 septembre 2014

Carré Feydeau : comment arrondir les angles ?

Proudreed est bien intégré à la culture municipale nantaise : faute de réaliser, on communique. Le propriétaire des surfaces commerciales du Carré Feydeau n’a pas réussi à louer ses locaux avant la fin de l’été comme promis. Alors, il a retouché ses affiches : plus question d’une « ouverture été 2014 », les commerces ouvriront seulement « bientôt », voire plus tard, sinon à la saint Glinglin, façon réouverture du musée des Beaux-arts ou décisions de Jean-Marc Ayrault.

On ne voudrait pas être à la place des commerciaux chargés de louer les emplacements. Le Carré Feydeau n’est pas organisé en galerie commerciale : les magasins sont situés sur son pourtour. Pour faire du lèche-vitrines, il faudra tourner autour de ce parallélépipède planté au milieu d’un espace trop dégagé. On n’aura jamais le sentiment de foule dont le marketing enseigne qu’il fait partie de l’expérience vécue par l’acheteur. Pas question de crébillonner.

Or les boutiques disponibles dans le centre de Nantes ne manquent pas, et les nouveaux passages en travaux (Pommeraye) et en projet (Châtelaine) viendront bientôt accroître la concurrence. En commentaire au précédent billet, Leblanchet appelait judicieusement à l’installation au Carré Feydeau d’un Tailleur pour dames et d’un Hôtel du libre-échange. Hélas, le sort de l’immeuble évoque plutôt Chat en poche, Un fil à la patte ou La main passe
Avant
Après

09 septembre 2014

Carré Feydeau : la quadrature du cercle vicieux

Il reste deux semaines au Carré Feydeau pour tenir la promesse toujours affichée sur ses murs : quinze nouveaux commerces ouverts à l’été 2014. Le 23 septembre, l’été 2014 sera fini. Or ces ouvertures ne se présentent pas bien. Le propriétaire des murs vante encore une offre commerciale « nécessairement complémentaire » à celle du centre-ville. Mais le centre-ville souffre déjà. Y ajouter d’un coup 13.000 m² d’offre « complémentaire », dont 5.700 m² en sous-sol, relève plus du hasard que de la nécessité.

Oh ! tout était merveilleusement pensé. Un « pôle efficacité », alias une grande surface alimentaire, doit rameuter les foules, épaulée par un « pôle original » axé sur le services, les loisirs, la détente, le bien-être, une « offre généraliste de complément » comprenant des « enseignes singulières non présentes en centre-ville » et un « pôle de restauration différenciant par rapport à l’offre du centre ville ».

Il faut croire qu’on manque d’original, de singulier et de différenciant (c’est « original », les salons de beauté ? c’est « différenciant » les kebabs ?). Carrefour Market est si pressé de venir que Proudreed, propriétaire des murs, l’a traîné devant les tribunaux. Les marques de luxe lorgnent plutôt les 3.500 m² de la nouvelle galerie du passage Pommeraye. Saturn, racheté par Boulanger, s’est défaussé. Apple a préféré Atlantis. Même Burger King semble avoir renoncé. Personne ne veut venir parce qu’il n’y a personne. Fruit d’une « collaboration exemplaire entre Vinci Immobilier et la Ville de Nantes », le Carré Feydeau illustre surtout le flou stratégique de la municipalité nantaise du temps de Jean-Marc Ayrault.

En réalité, la réussite la plus flagrante des nombreux mandats de Jean-Marc Ayrault est la zone commerciale d’Atlantis, qu’il a inaugurée en 1987 en tant que maire de Saint-Herblain. Bon, l’idée n’était même pas de lui mais de son prédécesseur, Michel Chauty. Cependant, il aura fait de son mieux pour assurer son développement avec le prolongement de la ligne 1 du tramway en 2000 et un plan de circulation qui cadenasse le centre ville. Jean-Marc Ayrault est parti, son héritage demeure.

07 septembre 2014

Ange de Loire


Sur les grilles de la passerelle des Victimes de la Terreur de Nantes*, le nombre des cadenas d’amour croît doucement. On en compte à présent une dizaine. Et un nouveau type d’ex voto vient de faire son apparition. Moins gai, celui-là.
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* Cette passerelle métallique qui passe sous le pont Anne de Bretagne n’a pas de nom à ma connaissance. « Passerelle des Victimes de la Terreur de Nantes » conviendrait parfaitement. Les « baignades républicaines » et autres « déportations verticales », c'est-à-dire les noyades de prisonniers ordonnées par Carrier en 1794, ont été pratiquées à ce niveau.

 

05 septembre 2014

Le Voyage à Nantes 2014 (6) : sublime, forcément sublime

Pour la presse régionale, le mois de septembre ramène toujours ses « marronniers ». La rentrée des classes. Les travaux en ville. Les nouveaux horaires de la TAN. Et le glorieux bilan du VAN. En 2014, ça ne change pas : Cocorico ! « Même si deux millions de visites, cela ne veut rien dire », selon ses propos rapportés par Philippe Corbou dans Presse Océan ce 5 septembre, Jean Blaise le dit quand même…

Reste à savoir ce qu’on compte. « Le seul chiffre important est que l’on augmente les visites de 500.000 unités », dit encore Jean Blaise. Comme on compte plusieurs fois les mêmes visiteurs, au château, place du Bouffay, au jardin des plantes, etc., toute variation des « unités » peut dénoter en fait une variation du nombre de compteurs. Et, comme par le passé, rien ne permet de distinguer touristes et simples passants. Ces deux derniers mois, j’ai traversé au moins soixante fois l’un ou l’autre des trois lieux cités plus haut : pour combien d’unités suis-je inscrit dans les chiffres du Voyage à Nantes ?

Il y a des endroits où les comptages sont moins discutables. Le Nid, par exemple : on ne monte pas par hasard en haut de la tour Bretagne. Bilan 2013 : 113.000 visiteurs. Bilan 2014 : 107.161.

Cela dit, à vu de nez, on a croisé cet été à Nantes bien plus de touristes étrangers que les années précédentes. Un succès du Voyage à Nantes ? Ou plutôt un succès des politiques de rigueur menées en Espagne et au Royaume-Uni ? En tout cas, ceux qui voient un peu plus loin que le bout de la rue Crucy savent que toute la Bretagne a connu une bonne saison touristique 2014. Et pas seulement la Bretagne. Bordeaux a annoncé une forte augmentation du taux d’occupation de ses hôtels de milieu et haut de gamme en juillet. Le parc du Puy du Fou et le Futuroscope ont attiré respectivement 15 % et 17 % de visiteurs en plus cette année. Et là, le comptage est indiscutable : ce sont des gens qui paient.

Évidemment, rien ne permet de dire si la fréquentation touristique aurait été identique ou inférieure (voire supérieure, qui sait ?) sans les machins semés de-ci, de-là par le Voyage à Nantes. Les comparaisons incitent au moins à la modestie. Mais si Jean Blaise a un talent, c’est de savoir tirer la couverture à soi.
Certains ont quand même un peu de mal à s'émerveiller

01 septembre 2014

Nantes twingomorrhisée ?


Modestement logés au Radisson, les journalistes essaient la nouvelle Twingo 3 à Nantes. Six cents spécialistes de l’automobile vont défiler par groupes de quarante. On ignore ce que la ville a accordé au constructeur pour obtenir ce privilège. Face à d’autres candidates, au nombre desquelles, paraît-il, Bordeaux, Montpellier et Copenhague, elle a en tout cas déroulé le tapis rouge.

Superbe coup de com’ pour Nantes ? Pas si sûr ! Certes, on a pu voir la ville sous un beau jour dans un film déjà signalé ici. Mais cette élégante vidéo de Guillaume Lomprez est restée confidentielle. Et l’on se demande à présent si elle n’était pas un leurre à l’intention des journalistes et des Nantais.

En effet, la campagne télévisée en faveur du nouveau modèle, autrement massive, vient de démarrer. Elle raconte une histoire différente. Dans un film d’animation de deux minutes réalisé par Olivier Kuntzel et Florence Deygas, on voit la Twingo se jouer adroitement d’une ville plutôt hostile – une ville symbolisée par des immeubles massifs, de la pluie, des grues et des éléphants habités… Il y a même un serpent géant qui finit aplati : réminiscence de l’exposition Huang Yong Ping à la Hab Galerie ?

On se demande donc si le choix d’une ville en proie aux embouteillages de la rentrée, handicapée par le retard de certains chantiers (le pont de La Motte Rouge a rouvert de justesse pour les Rendez-vous de l’Erdre avec une dizaine de jours de retard), est vraiment un cadeau. Le message est clair : « en avance sur la ville », la Twingo est adaptée aux pires conditions urbaines.

Cerise empoisonnée sur ce gâteau amer, le slogan choisi par Renault pour son nouveau modèle construit en Slovénie est « Go anywhere, go everywhere » -- allez n’importe où, allez partout. N'importe où ? Voilà un qualificatif peu aimable pour une ville qui s’est montrée si obligeante.

20 août 2014

Sous l'pont de Nantes, un bal y est donné...

La passerelle piétonne sous le pont Anne de Bretagne est un endroit intéressant. Et qui donne des idées. Car le tablier du pont est creux et l'on peut y accéder par une échelle métallique. En cette période de vacances, c'est l'aventure à portée de main...
(Merci à M. pour ce cliché instructif pris sur le vif)

29 juillet 2014

À Liverpool, Royal de Luxe se pare des habits neufs de l’empereur : promotion ou répétition ?

À Liverpool comme à Nantes, le spectacle de Royal de Luxe a attiré les foules. Les autorités locales ont multiplié les cocoricos. Mais la presse britannique ne s’est pas privée d’y ajouter un grain de sel.

Jean-Claude Courcoult avait annoncé que le spectacle était « écrit spécialement pour Liverpool ». Mais que signifie « spectacle », d'abord ? Le jeu scénique des marionnettes géantes est limité ; on les trimballe en avant, on les trimballe en arrière, on les assoit, on les allonge. Le morceau de bravoure de Liverpool a été un pas de danse entre la grand-mère et la petite géante ; on avait déjà vu ça huit semaines plus tôt dans le spectacle « écrit spécialement pour Nantes ». Au-delà, on risquerait de s’emmêler les ficelles. Le danger n’est pas nul : à Liverpool, le mécanisme de la grand-mère a été victime d’une rupture de câble.

Le spectacle était censé commémorer avec un mois d’avance l’engagement des Liverpool pals dans la Première guerre mondiale, en août 1914. « La longue parade des trois marionnettes géantes avait à peu près autant à voir avec 1914-1918 qu’une partie de marelle avec un voyage sur la lune »,
a noté Dominic Cavendish dans le Telegraph, soupçonnant Royal de Luxe de s’être contenté de « recycler de vieux matériaux » pour l’occasion.

Le véritable événement, note Dominic Cavendish, ce n’est pas le spectacle : c’est la foule qui afflue et reste sagement massée des heures durant sous le soleil pour voir passer trois mécaniques qu’elle applaudira chaudement. « L’important a été que pendant quelques heures, le temps a ralenti, s’est inversé même, suscitant un sentiment édénique d’innocence collective. Et si une telle bénédiction a été possible, finalement, n’est-ce pas parce que cette génération infortunée de jeunes gens vaillants a combattu et souffert jusqu’au sacrifice il y a cent ans ? »

Si les géants n’avaient rien à voir avec la guerre, il faut quand même signaler que des extraits de lettres d’engagés liverpudliens de 1914 ont été lus pendant le défilé, et qu’on a projeté sur la foule des cartes postales représentant la célèbre affiche de lord Kitchener (Your country needs you!).
Alfred Hickling écrit d’ailleurs dans le Guardian que « l’aspect le plus émouvant du spectacle (…) a été, précédant l’arrivée des géants, une colonne de jeunes hommes en costume edouardien, tout sourire sous un bienveillant soleil, suivie d’un cortège portant des parapluies noirs qui représentait les familles endeuillées ».

Tom Mullen et Tom Airey, de BBC News, ne sont pas non plus très convaincus. « Maintenant que les géants se sont embarqués pour descendre la Mersey, ce spectacle – officiellement intitulé Souvenirs d’août 1914 – a-t-il réussi à faire connaître la guerre au public et à rendre hommage à ses héros ? » demandent-ils. Certains estiment qu’il faut un événement spectaculaire pour parvenir à éduquer un peu une partie du public, admettent-ils. Mais, citant un spectateur, ils mettent un bémol : « commémoration spectaculaire de la Première guerre mondiale ou bien version moderne des habits neufs de l’empereur ? »


Et à propos d’habits, justement, on notera que Royal de Luxe cherchait naguère à faire le « spectacle » en costumant ses personnages. La troupe n’a même pas fait cet effort en Angleterre. La grand-mère a été montrée dans le même accoutrement qu’à Nantes. Sur sa blouse figurent des trèfles. Des trèfles ? Cela tombe bien : en Irlande, début septembre, Jean-Luc Courcoult va pouvoir affirmer que le spectacle est « écrit spécialement pour Limerick ».


25 juillet 2014

Une commémoration militaire pour Royal de Luxe en Australie

L'année prochaine, Royal de Luxe devrait sortir son scaphandrier géant du placard pour participer au Festival d’arts international de Perth. La troupe créera pour la circonstance un spectacle célébrant le centenaire de l’Anzac, l’intervention militaire australienne et néo-zélandaise contre les Turcs dans les Dardanelles en 1915.

La petite géante
vue de Liverpool
Coup de chance, la légende dorée de l’Anzac inclut une petite fille, Faye Howe, fille du gardien de phare de Breaksea Island, qui saluait les soldats quittant l’Australie à bord des transports de troupe. Un rôle sur mesure pour la petite géante.

Le coût du spectacle est évalué à 5 millions de dollars australiens, soit au cours actuel près de 3,5 millions d’euros*. C’est moins que le spectacle Royal de Luxe de cette année n’a coûté aux Nantais. Pourtant, tout est plus grand en Australie, et l'on va faire traverser la moitié de la planète à deux géants et à une centaine d'opérateurs et personnels divers.

Le contribuable ne devrait d'ailleurs débourser que 2 millions de dollars, dont une bonne partie apportée par LotteryWest, l’équivalent de la Française des Jeux dans l’État d’Australie-Occidentale.  Le reste du financement sera assuré par des dons et parrainages, en particulier celui de Crown Resorts, leader australien des casinos, qui apportera 1 million de dollars.

Ce blog ne serait pas fidèle à sa vocation s’il n’avait quelque motif de mécontentement : nulle part il n’est question de Nantes dans la communication autour de l’événement. Royal de Luxe est présenté seulement comme une troupe française. Ainsi que l’a observé la Chambre régionale des comptes l’an dernier, si Nantes compte sur Royal de Luxe pour assurer sa promotion internationale, elle a mal placé son argent.
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* Et non 7 millions comme indiqué dans une première version de ce billet. Merci à Vert Cocu pour avoir signalé l'erreur.

24 juillet 2014

Nantes mesure les distances différemment pour le marcheur et pour le pisseur

L’imagination des dresseurs de potelets n’a d’autres bornes que l’espace disponible sur les trottoirs. Les « mobiliers urbains » (expression idiote puisqu’ils sont pour la plupart fixés au sol, donc immeubles) sont majoritairement posés à l’intention des automobilistes, soit pour les guider, soit pour les repousser. Quelques-uns pourtant sont destinés aux piétons.

Les plus récents représentants de cette espèce ne font que confirmer la règle en vigueur sous Jean-Marc Ayrault : aucune nouvelle génération de mobilier urbain ne doit être esthétiquement apparentée aux précédentes. Poteaux gris et panneaux marrons confirment que le « vert nantais » n’est plus de rigueur, même à 100 mètres de la mairie.

Ou plutôt, à « 1 min » de la mairie, puisque les nouveaux poteaux indiquent des temps de marche et non plus des distances. Du bas de la rue de l’Hôtel de ville, 7 minutes pour atteindre Talensac, 17 pour l’île de Nantes ? Pourquoi pas, mais qu’en pense votre grand-mère ?

À l’occasion, pourtant, les services municipaux savent encore mesurer des distances, comme dans l’exemple ci-dessous. On comprend mal pourquoi. Quand ça urge vraiment, le piéton ne préférerait-il pas lire « 0,2 min » au lieu de « 25 mètres » ?