08 juillet 2024

Constitution et élections : Ayrault a tout faux

Mais quelle mouche a donc piqué Jean-Marc Ayrault pour qu’il publie dans Le Monde, deux jours avant le deuxième tour des élections législatives, une tribune consacrée à la réforme de la Constitution par le Rassemblement national (RN) ?

L’ancien maire de Nantes n’a jamais été considéré comme un constitutionnaliste éminent, ni même comme un législateur éminent, d’ailleurs. Certes, il s’est fait aider dans sa rédaction par son collaborateur Pierre-Yves Bocquet. Mais celui-ci, qui a jadis écrit des discours pour le président Hollande, n’est pas davantage constitutionnaliste (en fait, c’est plutôt un spécialiste de la musique américaine contemporaine). Alors, pourquoi s’aventurer en terrain mal connu ? Mystère.

Cette tribune se situe dans l’optique d’une victoire électorale du RN. Envisager froidement la victoire de l’adversaire n’est jamais une bonne idée : c’est répandre un climat défaitiste. Sans même l’excuse d’une vision prophétique puisque finalement le RN ne l’a pas emporté !

Dans le récit de politique-fiction ayraultique, le RN remporte l’élection et Emmanuel Macron, après une brève cohabitation, démissionne le 15 septembre 2024 (les auteurs de la tribune conviennent quand même qu’il s’agit d’une hypothèse « purement théorique » !). Une élection présidentielle est organisée les 20 octobre et 3 novembre 2024 et Marine Le Pen est élue au deuxième tour. Elle prend ses fonctions le 8 novembre.

La nouvelle présidente de la République engage alors une modification de la Constitution de la Ve République afin de transformer la France en une démocratie « illibérale ». Elle dispose pour cela d’une clé magique : « Cette clé est le recours à l’article 11 de la Constitution, qui permet au président de soumettre au référendum un texte de loi sans le soumettre au Parlement. » Politique fiction toujours : ce référendum a lieu le 22 décembre 2024.

Ce qu’en dit Fabius

La Constitution de la Ve République a été modifiée vingt-cinq fois, mais pas souvent par le biais de l’article 11. Pour Jean-Marc Ayrault, il semble plus ou moins caduc de facto : « après 1969, l’article 11 n’a plus été utilisé pour modifier la Constitution ». Cette affirmation est fausse, bien entendu : en 2005, l’article 11 a bel et bien été utilisé lors du référendum sur le traité établissant une Constitution pour l’Europe. Simplement, le coup a manqué : si la Constitution n’a pas été modifiée, c’est parce que les Français ont dit « non » !

Aujourd’hui, insiste néanmoins Jean-Marc Ayrault, « la plupart des juristes, comme le président du Conseil constitutionnel, Laurent Fabius, considèrent que la Constitution ne peut être révisée par cette voie ». Ah ! tiens, Laurent Fabius, justement, a été interrogé sur le sujet par Le Monde voici deux mois. Il a répondu : « l’article 11 prévoit les cas précis dans lesquels on peut utiliser le référendum direct. » Autrement dit, on peut l’utiliser au moins dans certains cas (et en fait, ces « cas précis » ratissent large : ils peuvent porter « sur l'organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics » !). Avant d’invoquer le président du Conseil constitutionnel, Jean-Marc Ayrault aurait bien fait de lui demander son avis.

François Mitterrand n’a jamais utilisé l’article 11. Cependant, le 12 juillet 1984, il envisageait une révision de cet article qui lui aurait permis de consulter directement les Français sur les grandes questions touchant aux libertés publiques. Le 12 avril 1992, il menaçait, en cas de « mauvais vouloir » du Parlement à propos du traité de Maastricht, de recourir au référendum prévu à l’article 11 de la Constitution. Mais quoi, François Mitterrand, c’est loin…

La mémoire qui flanche

Jean-Marc Ayrault lui-même nourrissait autrefois envers l’article 11 des sentiments beaucoup plus positifs. En 2009, il a déposé à l’Assemblée nationale, au nom du groupe socialiste, une proposition de résolution « estimant urgente la mise en œuvre l’article 11 de la Constitution sur l’extension du référendum ». Il s’agissait de faciliter le référendum d’initiative populaire, « exercice démocratique national » en limitant le pouvoir du Parlement (et en constatant au passage que le Conseil constitutionnel n’a pas à s’en mêler – et toc ! pour Laurent Fabius). La résolution n’ira pas plus loin, mais les archives de l’Assemblée nationale sont impitoyables !

Ce qui rend encore plus épineuse la question posée ci-dessus : quelle mouche a piqué Jean-Marc Ayrault ? Il a fait quelques apparitions sur le terrain pendant la campagne des législatives. Et l’on annonce déjà la parution de ses mémoires pour l’an prochain. Voudrait-il sortir de sa quasi-retraite (la Fondation pour la mémoire de l’esclavage progresse à petits pas prudents…) afin de redevenir maire de Nantes en 2026, à 76 ans, inspiré peut-être par l’exemple de Donald Trump et Joe Biden, respectivement 78 et 81 ans ?

Ou bien, puisqu'il a été dit, après son calamiteux passage au gouvernement sous Hollande, qu’il aimerait siéger au Conseil constitutionnel, et que justement le siège de Laurent Fabius sera disponible en mars prochain, lorgnerait-il vers le Palais-Royal ? Mais cette tribune bricolée serait une drôle de manière de présenter une candidature…

Illustration : extrait de la fresque du mur de Royal de Luxe en 2011 après vandalisation

01 juillet 2024

CAP 44 et le futur Musée Jules Verne : l’imaginaire budgétaire de Nantes Métropole

 Quand Nantes Métropole a racheté CAP 44, l’immeuble bleu qui fait face au Jardin extraordinaire, en 2018, on s’est demandé si c’était pour le démolir, afin d’assurer une vue sur Loire au futur Arbre aux Hérons, ou pour le conserver, afin d’en faire le témoin du procédé Hennebique de construction en béton armé. La première solution a été écartée en 2022, mais la nomination d’un maître d’œuvre pour les travaux à venir écarte de facto la seconde.


CAP 44, dit Johanna Rolland, va subir une « transformation respectueuse de l’histoire des lieux ». Ainsi, au lieu de respecter la technologie du procédé Hennebique, qui aurait consisté à rétablir le bâtiment dans son état initial, on va respecter « l’histoire des lieux » ? Mais laquelle, d’histoire ? L’immeuble a été une minoterie pendant quarante ans, un immeuble tertiaire pendant un peu plus longtemps et un chantier ou un squat le reste du temps. Et pour respecter cette histoire tripartionnée on va en faire… un musée ?

Transformer un immeuble industriel en tout autre chose, Nantes Métropole a déjà essayé avec l’École des beaux-arts de Nantes-Saint-Nazaire (ENSBANN), ex-halle Alstom. Le résultat est rien moins que convaincant : cher, peu fonctionnel, sans grand intérêt visuel, et critiqué par la chambre régionale des comptes par-dessus le marché ! 

On fera sûrement mieux cette fois et l’on tiendra sûrement le budget. Il est annoncé à 50 millions d’euros. C’était déjà le montant prévu en 2022 : belle stabilité des prix prévisionnels.


28 juin 2024

À trop gonfler la subvention des Machines de l’île, Nantes Métropole pourrait faire éclater le contrat de DSP

Ce vendredi, suite du conseil métropolitain commencé hier. À l’ordre du jour figure une délibération n° 42 consacrée aux Machines de l’île. Sujet : « Tarifs 2024 ‑ Avenant n° 16 ». Derrière ce titre qui ne mange pas de pain figure une augmentation considérable de la « contribution forfaitaire de fonctionnement » versée par Nantes Métropole aux Machines de l’île.

Les Machines sont gérées par la SPL Le Voyage à Nantes dans le cadre d’un contrat de délégation de service public (DSP) signé en 2011. Dans une DSP, le délégataire exploite l’affaire à ses risques et périls. Il peut juste bénéficier de subventions en contrepartie des contraintes de service public imposées par la collectivité dans le contrat de DSP.


Depuis 2011, pas moins de quinze avenants ont déjà modifié la convention initiale de DSP. Plusieurs portent sur les contributions versées par Nantes Métropole. En 2023, l’avenant n° 13 fixait la «  contribution globale annuelle » à 1 946 161 euros TTC « conformément à l'évolution prévue au contrat ». Ce qui représente quand même près de 3 euros par billet vendu pour l’une des trois attractions des Machines.

Sujétions pas substantielles

Cette fois, Nantes Métropole entend porter sa contribution pour 2024 à 3 130 353 euros TTC. Soit une augmentation soudaine de 1 184 192 euros (+ 60,85 %). Il n’est évidemment pas question d’une « évolution prévue au contrat » ! Mais il s’agit, affirme benoîtement Nantes Métropole, « de compenser les sujétions de service public imposées au délégataire sans pour autant atténuer le risque lié à l’exploitation du service ».

En quoi lesdites sujétions ont-elles augmenté de plus de 60 % d’une année sur l’autre ? En rien du tout. De toute évidence, Nantes Métropole se précipite au secours de l’un de ses satellites en difficulté financière, à cause des déficits chroniques des Machines de l'île. Mais la collectivité insiste : son avenant est « conclu sur le fondement de l'article R3135-7 du code de la commande publique qui autorise des modifications, quel qu’en soit le montant, lorsqu’elles ne sont pas substantielles ». À ce jeu de ceinture et bretelles, Nantes Métropole en fait trop.

Les gros sabots du légalisme

Le sujet n’est pas anodin : en cas de modifications « substantielles », pas question d’un simple avenant : il faut conclure un nouveau contrat (et pour cela, en principe, remettre en concurrence la DSP).

Nantes Métropole fait semblant de ne raisonner qu’en montants absolus : la loi dit : « quel qu’en soit le montant » ! Mais l’article R3135-7 du code de la commande publique considère expressément comme substantielle une condition qui « modifie l'équilibre économique de la concession en faveur du concessionnaire d'une manière qui n'était pas prévue dans le contrat de concession initial ». Que ce soit en lui imposant 60 % de « sujétions de service public » en plus ou en lui versant 60 % de subvention en plus, il est difficile de dire qu’on n’est pas dans ce cas.

Les formules rituelles de Nantes Métropole cherchent à donner l’illusion que la loi est respectée. Suffiront-elles à tromper la vigilance du préfet ?

18 juin 2024

Le 18 juin des Machines de l’île

Le 18 juin n’est pas seulement l’anniversaire du jour de 1940 où le général de Gaulle n’a pas dit « la France a perdu une bataille, la France n’a pas perdu la guerre » (même si beaucoup disent l’avoir entendu) et du jour de 1815 où le général Cambronne n’a pas dit « la Garde meurt mais ne se rend pas » (même si on peut le lire sur le socle de sa statue en plein centre de Nantes). C’est aussi l’anniversaire du jour de 2004 où Jean-Marc Ayrault a fait prendre au conseil de Nantes Métropole une décision qu’il aurait mieux fait de ne pas prendre.

Cette décision du 18 juin 2004 était la création des Machines de l’île. Tout citoyen nantais un tant soit peu conformiste se doit de penser du bien des Machines de l’île. Mais le citoyen un tant soit peu objectif voit bien que les promesses d’il y a vingt ans n'ont pas été tenues.

Le modèle expressément visé par Jean-Marc Ayrault était le musée Guggenheim de Bilbao. Personne ne prétendra que Les Machines ont apporté à Nantes un prestige comparable. Ni même une fréquentation comparable. La plupart des machines annoncées le 18 juin 2004 n’ont pas vu le jour, sans doute parce qu’elles étaient aussi irréalisables que la dernière d’entre elles, l’Arbre aux Hérons.

Un cabinet spécialisé avait pourtant prévenu : sur neuf projets présentés, celui des Machines était le moins bon. Mais selon un autre cabinet spécialisé on pouvait « raisonnablement tabler sur un équilibre d’exploitation » dès la première année. Cet équilibre, on le sait, n’a jamais été atteint. Sans parler des investissements, supportés en direct par Nantes Métropole.

Et pas dans les meilleures conditions : le conseil du 18 juin a aussi décidé de réserver ses commandes à Fançois Delarozière et Pierre Orefice, sans publicité ni mise en concurrence. Il aurait fallu beaucoup de vertu pour serrer les prix...

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/nantes-metropole-preferera-sans-doute-ne-pas-feter-le-vingtieme-anniversaire-du-18-juin-2004/

Nantes Métropole préférera sans doute ne pas fêter le vingtième anniversaire du 18 juin 2004

17 juin 2024

Johanna Rolland et le verbiage à Nantes

Non sans une petite erreur au passage, Johanna Rolland cite André Breton dans le supplément local du Point du 13 juin. Oui, André Breton a parlé de Nantes, « peut-être avec Paris la seule ville de France où j’ai l’impression que peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine ». Encore cette tarte à la crème bientôt centenaire ! On note quand même le « peut-être », qui relativise l’enthousiasme de l’écrivain.

Mais  la maire de Nantes a-t-elle seulement lu la suite de la phrase, ce qui arrive à l’écrivain et qui « en vaut la peine » ? La voici : « …le temps de traverser Nantes en automobile et de voir cette femme, une ouvrière, je crois, qu’accompagnait un homme, et qui a levé les yeux : j’aurais dû m’arrêter. » Alors qu’elle cite André Breton « pour parler de la culture à Nantes », le chef à plumes surréaliste semble plutôt sur le registre de la dragounette !

Et quand elle multiplie les restrictions de circulation, Johanna Rolland censure quasiment les écrivains-automobilistes d’aujourd’hui !

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/le-breton-quadore-johanna-rolland/

Le Breton qu’adore Johanna Rolland


(Diego Rivera, Leon Trotsky et André Breton, photo Flickr, licence CC BY-SA 2.0)

15 juin 2024

Le vrai problème des Machines de l’île – et donc du Voyage à Nantes

Le Voyage à Nantes a perdu près d’un million d’euros en 2023. Dès février 2023, Fabrice Roussel, président, et Jean Blaise, directeur général, s’attendaient à un déficit de 730 000 euros. Autrement dit, ils ont laissé le trou se creuser davantage au cours de l'année, et pas qu’un peu.

Le principal problème, ce sont Les Machines de l’île. « Les Machines ont longtemps été la machine à cash du Voyage à Nantes », se défend Pierre Orefice dans Ouest-France. En réalité, le prétendu « cash » provenait des subventions de Nantes Métropole, car l'exploitation des Machines de l'île n'a jamais été dans le vert.

La situation s’est aggravée ces dernières années. Ce n’est ni un problème de fréquentation, ni un problème de prix des billets. D’après leurs projections financières pour la période 2017-2025, établies en accord avec Nantes Métropole, les Machines devaient compter 94 salariés (équivalents temps plein) en 2022. En réalité, elles en comptaient 119,95, soit 27,6 % de plus que prévu. Qu’il y ait sureffectif ou que les besoins aient été mal calculés, la gestion est en cause.

Voir article complet sur Nantes Plus

https://nantesplus.org/le-voyage-a-nantes/

Un déficit qui devient chronique pour Le Voyage à Nantes

31 mai 2024

Nantes Métropole et la SAMOA sont vraiment tête-en-l’air

Eh bien non, boucher le souterrain du boulevard Léon-Bureau ne coûtera pas 35,6 millions d’euros à la Samoa mais seulement 355.917 euros. On est presque déçu de la modestie relative de cette somme dans une métropole qui envisage de dépenser plus de 80 millions d’euros pour déménager mille Roms et qui aurait été prête à s’offrir un Arbre aux Hérons si son coût n’avait dérapé au-delà de 52 millions d’euros…

Pourquoi cette erreur ? A priori, parce que quelqu’un, à la Société d’aménagement de la métropole Nantes Saint-Nazaire (SAMOA) présidée par Johanna Rolland, s’est emmêlé les pinceaux. La somme erronée figurait non pas une mais deux fois dans le Journal officiel de l’Union européenne. Autrement dit, personne ne s’était soucié de relire cette annonce légale.

Quand nous avons révélé sa bourde, la SAMOA a publié un rectificatif. Et elle en a apparemment profité pour faire un brin de ménage : elle a aussi publié un rectificatif pour un autre marché, annoncé à 209 millions d’euros dans le JOUE alors qu’il se montait à 20,9 millions ! En avril déjà, deux des six avis publiés par la SAMOA avaient dû être rectifiés…

Bien entendu, ce ne sont que des fautes de frappe. Oublier l’existence d’un tunnel est autrement plus grave. D’autant plus que le fait n’est pas unique. On se rappelle que Nantes Métropole avait promis le maintien de la circulation automobile sur le pont Anne-de-Bretagne pendant les travaux, et qu’il a fallu la couper quand même. Explication officielle : on s’est aperçu tardivement qu’il y avait des canalisations à refaire sous le boulevard Léon-Bureau, au voisinage du fameux souterrain, donc.

En revanche, Nantes Métropole et la SAMOA n’ont pas oublié qu’il y a des arbres sur le boulevard Léon-Bureau. Ils vont être coupés encore plus sûrement que le pont. Lequel sera orné de quelques plates-bandes, à titre de compensation.

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/samoa/

L’île de Nantes, terre d’élection des fautes de frappe à plusieurs millions d’euros

28 mai 2024

Pont Anne-de-Bretagne (4) : A-t-on trouvé une mine d’or sous le boulevard Léon-Bureau ?

Dirait-on pas un polar de série B, cette histoire de souterrain sous le boulevard Léon-Bureau ? Chapitre I : Où l’on découvre soudain un vieux souterrain oublié sur le futur passage du tramway. Chapitre II : Où l’on nomme d’urgence, à prix d’or, un constructeur pour détruire le souterrain. On attend avec impatience les épisodes suivants :

Chapitre III : Où l’on apprend si le souterrain servait à infiltrer des agitateurs gauchistes dans les chantiers navals ou bien à exfiltrer des cadres séquestrés en temps de grève.
Chapitre IV : Où l’on explore le souterrain à la recherche de cadavres, de trésors et/ou de documents secrets.
Chapitre V : Où l’on explique pourquoi c’est la Samoa qui se charge des travaux et pas la Semitan, maître d’œuvre du chantier du tram.
Chapitre VI : Où l’on révèle en quoi boucher un souterrain dérangerait l’activité de Stéréolux davantage que la construction du tramway.
Chapitre VII : Où l’on refait le calcul pour expliquer que démolir un souterrain d’une vingtaine de mètres peut coûter 35 million d’euros.

Etc.

Concernant le chapitre VII ci-dessus, le site spécialisé WikiSara indique que la construction d’un tunnel à deux voies de 21 m de diamètre coûte entre 35 et 50 millions d’euros au kilomètre. Ici, la destruction d’un souterrain beaucoup plus modeste coûte 35 millions d’euros pour une vingtaine de mètres, soit dans les cinquante fois plus. Cela paraît si incroyable que voici, pour en témoigner, ce qu’indique TED, supplément au J.O. de l’Union européenne :


Dans un secteur étudié et réétudié depuis des années en vue d’y créer deux nouvelles lignes de tramway, découvrir subitement un énorme chantier supplémentaire est plutôt effarant. Heureusement, la Samoa a su trouver une solution. Pour un coût modique, tous comptes faits.

27 mai 2024

Quand Johanna Rolland filoute la chambre régionale des comptes

 L’Institut d’études avancées (IEA) de Nantes a fait l’objet en 2021 d’un rapport très critique de la chambre régionale des comptes. Le site Médiacités a consacré des articles très détaillés au triste état de l'IEA. Voir notamment Malgré les promesses de renouveau, l’IEA de Nantes encore embourbé dans sa crise (mediacites.fr).

L’une des recommandations de la Chambre était la suppression du Fonds de dotation Promouvoir l’accueil de savants étrangers, créé par l’IEA pour solliciter des mécènes qui financeraient le séjour à Nantes de chercheurs en sciences humaines étrangers – un bidule quasi inefficace et éventuellement nuisible.

Disciplinée, Johanna Rolland, présidente du conseil d’administration de l’IEA promet aussitôt que ce sera fait au plus vite. Puis, en janvier 2022, le conseil d’administration annonce dissoudre son fonds de dotation.


Et apparemment n’en fait rien : la semaine dernière paraît enfin au Journal officiel, avec plus de deux ans de retard, l’annonce de la dissolution du fonds. Non sans une petite filouterie au passage. Le Fonds a été créé pour soutenir la recherche scientifique. Mais l’avis de dissolution prétend que son objet est la défense des droits des immigrés ! Ce qui permet peut-être de réorienter vers des destinataires choisis le peu d’argent qui reste en caisse !

Bah, à guère plus de 7 000 euros, ça ne va pas loin. Nantes Métropole sait concocter des mystères autrement plus chers, à plusieurs dizaines de millions d’euros. À suivre…

 

Voir article complet sur Nantes Plus :

https://nantesplus.org/preside-par-johanna-rolland-linstitut-detudes-avancees-iea-peine-a-retrouver-le-droit-chemin/

Présidé par Johanna Rolland, l’Institut d’études avancées (IEA) peine à retrouver le droit chemin

01 mai 2024

Mémoires de Jean-Marc Ayrault : non, la page ne sera pas entièrement blanche

Les éditions de l’Observatoire publieront en 2025 les mémoires de Jean-Marc Ayrault. Ce n’est pas une blague ‑ du moins l’information vient-elle d’une source sérieuse, le cahier économie du Figaro*. Dix ans après son calamiteux passage à l’Hôtel Matignon, des lecteurs s’intéresseraient donc encore à l’ancien maire de Nantes ?

À ce jour, la littérature concernant Jean-Marc Ayrault est des plus limitées. Côté éloges, il y a deux livres d’Alain Besson, publiés localement chez Coiffard en 2004 et 2012, et celui de Jean-Marie Biette, paru en 2012 aux éditions de l’Archipel ; côté critiques, mon propre Jean-Marc Ayrault, maire de Nantes, modeste autoédition en ligne de 2012.

Jean-Marc Ayrault sur le mur de Royal de Luxe en 2011
Personne, hormis sa fille Élise, ne semble avoir pris la peine de dresser le bilan de son œuvre gouvernementale. Philippe Guibert, qui fut son communicant comme patron du Service d’information du gouvernement, vient de publier un livre sur « le déclin du chef politique en France »**. Dans cet ouvrage, intéressant par ailleurs, il ne trouve rien à dire sur l’ancien Premier ministre. Parce qu’il n’a pas contribué au déclin ou parce qu’il n’était pas un chef de toute façon ? Hollande, au moins, est présent, quoique « un peu ridicule ».

Ayrault n’a rien à raconter, pourrait croire un citoyen distrait. Pourtant, si l’on anticipe le sommaire de son livre, on s’aperçoit qu’il n’est pas vide :

  1. Comment je suis arrivé au Parti socialiste via l’extrême-gauche de Poperen
  2. Comment j’ai recentré Saint-Herblain sur une énorme zone commerciale qui aspire les forces vives du commerce nantais
  3. Comment j’ai fait de Nantes le n° 1 des palmarès des meilleures villes à mon arrivée, puis le n° 2, puis le n° 3, puis le n° X
  4. Comment j’ai été condamné à six mois de prison avec sursis pour favoritisme (mais c’était pour la bonne cause d'un financement politique)
  5. Comment j’ai fait de Nantes la Mecque de la culture avec les Allumées et Royal de Luxe (du temps où il produisait quelque chose)
  6. Comment Trafics et Fin de Siècle, destinés à élargir le succès des Allumées, ont laissé plus de dettes que de souvenirs
  7. Comment j’ai fait de Nantes une « métropole touristique internationale » avec Les Machines de l’île
  8. Comment j’ai mis la politique touristique de Nantes entre les mains d’un Jean Blaise dont la gestion venait d’être critiquée par la Chambre régionale des comptes
  9. Comment j’ai fait la fortune de MM. Delarozière et Orefice (sans leur réclamer de droits sur l’image de leur éléphant)
  10. Comment j’ai construit l’Arbre aux Hérons à partir de la branche prototype de 2007
  11. Comment j’ai imposé aux Nantais de pratiquer la repentance en tant que descendants de négriers avec un Mémorial massif mais fragile quand même
  12. Comment j’ai fait de Nantes la Green Capital de l’Europe grâce à un trait de peinture verte et à un gag répétitif
  13. Comment j’ai fait du Combi Volkswagen (12 l aux 100) le véhicule emblématique de Nantes
  14. Comment j’ai relancé le Carnaval de Nantes pour concurrencer Rio, Venise et Dunkerque
  15. Comment le musée d’arts, « grand projet » de mon quatrième mandat a demandé deux fois plus d’argent et trois fois plus de temps que prévu
  16. Comment j’ai construit un nouvel aéroport international à Notre-Dame-des-Landes, profitant de ma nomination comme Premier ministre pour réaliser l’Ayraultport
  17. Comment j’ai peuplé les trottoirs nantais de tout un tas de bidules
  18. Comment j’ai lutté contre la délinquance en refusant la téléprotection
  19. Comment en tant que président du groupe socialiste de l’Assemblée nationale je me suis montré un orateur redoutable
  20. Comment j’ai voulu éradiquer Colbert au point de contredire le musée de Nantes
  21. Comment j’ai si bien enraciné ma circonscription électorale dans le socialisme qu’elle a été perdue par Karine Daniel en un rien de temps
  22. Comment j’ai raté l’aménagement de l’île de Nantes après avoir prétendu en faire un « centre urbain à dimension internationale »
  23. Comment j’ai imposé la transformation d’un bâtiment industriel en école des beaux-arts, et qu’importe si c’est plus cher et malcommode
  24. Comment j’ai sauvé l’Hôtel de la Duchesse Anne, face au château des ducs de Bretagne
  25. Comment j’ai soutenu la construction de la Villa Déchets, « symbole du développement durable »
  26. Comment j’ai reconstruit les salons Mauduit vingt ans après l’avoir annoncé
  27. Comment j’ai fait construire un palais de justice par Dominique Perrault. Ou bien était-ce quelqu’un d’autre ?
  28. Comment j’ai choisi d’implanter un CHU au plus mauvais endroit possible (enfin, presque)
  29. Comment j’ai, en tant que Premier ministre, dirigé un gouvernement homogène et cohérent
  30. Comment j’ai secondé un président de la République charismatique et déterminé
  31. Comment, de toute ma carrière politique, je n’ai commis qu’une seule erreur
  32. Comment j’ai remis la diplomatie française au centre du jeu international
  33. Comment je ne suis devenu ni président de l’Assemblée nationale ni membre du Conseil constitutionnel
  34. Comment ma Fondation pour la mémoire de l’esclavage reste pratiquement au point mort sept ans après l’annonce de sa création

Et ce n’est sûrement pas tout ! Bien des Nantais auront sûrement d’autres épisodes glorieux à rappeler. Reste à voir si les lecteurs se précipiteront. La concurrence sera rude : selon la même source, les mémoires d’Anne Hidalgo, maire de Paris, doivent aussi paraître en 2025 chez le même éditeur. En voilà un qui a le goût du risque commercial.

* Claudia Cohen, « Le livre politique, un passage obligé à la veille des élections mais sans garantie de succès », Le Figaro, 18 avril 2024

** Philippe Guibert, Gulliver enchaîné – le déclin du chef politique en France, Paris, Éditions du Cerf, 2024.